Cinéma vérité/En bref

En bref : LES INITIÉS de John Trengove

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 19 AVRIL 2017

Afrique du sud, montagnes du Cap Oriental. Comme tous les ans, Xolani, ouvrier solitaire, participe avec d’autres hommes de sa communauté aux cérémonies rituelles d’initiation d’une dizaine d’adolescents. L’un d’eux, venu de Johannesburg, découvre un secret précieusement gardé… Toute l’existence de Xolani menace alors de basculer.

Des chutes d’eau filmées en contre-plongée. Dès le départ le film joue sur la symbolique, et métaphorise ainsi la brutalité inéluctable d’une romance impossible, profonde, absolue, à la fois calme et grave et torturée. De l’usine déshumanisée jusqu’à la montagne, le chemin est solitaire, silencieux. Le nuage de poussière qui s’élève au passage de la camionnette qui transporte Xolani produit un effet de brouillard, comme le flou d’une situation ambiguë entre le toléré et le réprimable, entre l’ouverture et la tradition.

Dans une communauté sur-sexualisée où l’attribut masculin est une fierté, la mise en scène sensuelle des corps et des détails (le héros qui se lèche le contour des lèvres avec désinvolture quand il réfléchit) s’oppose à la violence de la mutilation. Car les initiés dont il est question sont ici pour devenir des hommes, dont la mutation passe par la circoncision. Or, le film préfère à la frontalité des images (les jeunes hommes qui se montrent et comparent leur sexe, les instructeurs qui soignent les initiés) une forme de pudeur poétique. Le sentiment de douleur passe donc à travers les mille nuances de l’expression faciale, scrutées en plans serrés et plus puissantes encore pour évoquer l’effort du refoulement intérieur. Au point que le plaisir et la douleur parfois se confondent, se pénètrent, se mélangent. Car l’affrontement physique est à la fois une manière de lutter comme de s’abandonner. La femme est tragiquement absente dans cette confrontation masculine, outre le spectre de l’épouse de l’homme totalement accompli. Mais cette surexposition des corps fait aussi naître le trouble ; dont l’interdit se mue en merveilleuses ombres chinoises dans la nuit, apparitions fugaces et énigmatiques qui se dévoilent sans se montrer, qui se devinent mais s’imaginent. C’est précisément au prix de ces quelques inspirations sublimes et audacieuses que s’oublient volontiers les détestables sursauts de caméra portée, dont la valeur esthétique est ici complètement inutile.

Faut-il alors s’échapper ou se conformer ? Le film restitue de façon documentaire les rites traditionnels, du bousculement des anciens pour endurcir les jeunes hommes, et sans jamais chercher à s’y opposer. C’est une réflexion sans être un jugement, une observation sans être un réquisitoire. Car le film se veut avant tout l’écrin d’une histoire d’amour, rendue impossible par le lieu même où elle se joue. C’est-à-dire sur le terrain de la virilité, où la jeunesse est préparée au patriarcat et aux responsabilités.

Le film préfère à l’indignation le symbole, et se referme ainsi dans le sens inverse qu’il a débuté : avec le vertige en plongée, dans le sens de la chute. On regrette que d’un désir d’émancipation au cœur des traditions, le film choisisse une forme de renoncement aux réflexions qu’il mène lui-même sur la place de l’homosexualité en Afrique… Une initiation éclairante, mais partielle.

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