Cannes 2016/En bref

En bref : ALBUM DE FAMILLE de Mehmet Can Mertoğlu

NOTE 3/5

Un couple marié, approchant la quarantaine, met en scène dans un album photo une fausse grossesse pour dissimuler à son entourage qu’ils adoptent un enfant.

Le prologue parle de lui-même : nous y voyons des scientifiques manipuler des semences, puis une vache mettre bas. Aussitôt, le réalisateur parvient à déshumaniser la beauté d’une naissance, ramenée à un acte robotique et aseptisé. Une atmosphère chirurgicale qui transpire dans tout le film, et soulignée dans chacun des plans. En effet, impossible de ne pas évoquer la précision des cadres, travaillés comme des photographies et jouant sur les profondeurs, les reliefs, les aspérités. Une esthétique froide, qui rapidement nous heurte au côté obscur de l’adoption. Si enfanter est « la plus belle chose au monde », être parents en revanche peut devenir un véritable ballet hypocrite : pire, un « acte social ».

Can Mertoğlu donne à voir ce qui n’est pas montrable : une marchandisation de la maternité, à la recherche du « bébé idéal », que le couple sera fier d’exhiber, tel un objet de « reconnaissance publique ». Surtout, avoir un enfant permet d’accéder à un statut social : celui de parents. En société, la nouvelle mère peut ainsi partager son expérience de la grossesse à l’accouchement, se congratuler d’affreuses banalités (« il ressemble à son papa »), ne voir plus la vie tourner qu’autour de ce petit être chèrement déniché. Ce qui donne facilement lieu à quelques malaises, notamment lorsque le couple refuse une fillette « à l’aspect trop syrien » tandis qu’ils auraient préféré adopter un garçonnet plus beau et plus turc. Jusqu’à ce que leurs cris d’extase, pour un pull essayé sur le bébé, ne nous rappelle avec effroi le beuglement des vaches du début : ou quand le pathétisme de l’homme devient pire qu’un animal.

Côté institutionnel, la désinvolture dont ils font preuve est tout aussi glorieuse; que le cinéaste illustre avec le même  humour noir. On entend ainsi l’inspectrice de l’orphelinat dire « qu’il vaut mieux que les parents biologiques soient morts » parce que cela crée moins de problèmes, le policier confesser « que les voyous paient de leur mort »… tandis que les impôts ne disent rien, tous avachis sur leur bureau dans un profond sommeil.

Bref, « Album de famille » est avant tout un magnifique film sur le mensonge, et la (terrible) nécessité d’appartenir à une communauté pour exister socialement. L’ensemble manque certainement de rythme pour nous emporter totalement, mais reste tristement brillant.

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Une réflexion sur “En bref : ALBUM DE FAMILLE de Mehmet Can Mertoğlu

  1. Coucou,

    Selon moi, cette comédie est très perturbante ! Le scénario met en avant la triste vérité d’une société hors du commun, mais certaines séquences sont vraiment ennuyeuses et bizarres. Cependant, j’ai appris des choses dont je n’étais pas au courant !

    J'aime

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