En bref/Ovni cinématographique

En bref : DRÔLES D’OISEAUX d’Elise Girard

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 31 MAI 2017

Belle, jeune et pleine de doutes, Mavie cherche sa voie. Elle arrive à Paris et y rencontre Georges, libraire au Quartier Latin depuis quarante ans. Solitaire, comme caché dans sa boutique où personne ne vient, Georges l’intrigue et la fascine. Aussi improbable qu’inattendue, leur histoire d’amour va définitivement transformer le destin de ces deux drôles d’oiseaux.

Résumons : une jeune femme timide dont la meilleure amie est une excentrique déjantée, va tomber amoureuse de son patron plus âgé qui s’est interdit d’aimer et tient une librairie capharnaüm dans laquelle aucun client ne rentre jamais. A cela s’ajoutent des oiseaux (des pigeons, précisément) qui tombent du ciel et s’écrasent sur les trottoirs, dont le film laisse supposer qu’ils seraient radioactifs ou suicidaires. Déjà, oser comparer une histoire d’amour à des pigeons morts est un geste assez singulier. Mais cette étrangeté diffuse un parfum inattendu et résolument poétique. Le tout est d’accepter les lubies cinglées de son auteur, vraisemblablement dérangée – comme son film. Qu’est-ce qui cloche donc avec l’amour ?

En effet dans « Belleville Tokyo », Elise Girard organisait la mort d’un couple avec une causticité à la fois gênante et jouissive. Six ans plus tard, « l’amour fait [toujours] mal ». Fallait-il vraiment un film pour en arriver à cette conclusion ? Pas nécessairement, à l’évidence. Même si l’acidité est devenue plus aigre-douce, il faut convenir que le désir maladroit et bordélique des « Drôles d’oiseaux » ne manque pas d’air, dans sa manière effrontée d’avorter l’amour. En choisissant de faire de Georges l’oiseau sauvage qui redonne des ailes à Mavie, ou ce bel inconnu son oiseau rare (prénommé Roman… qui séduit une libraire…), alors peut-être est-il utile de souligner le caractère éminemment symbolique du film, filant la métaphore jusqu’à l’os, à la faveur d’un propos paradoxalement discursif. En cela, le message sur la différence d’âge du couple semble un peu anachronique. Qui peut encore croire à l’idée d’un amour impossible ? La cinéaste a donc la solution saugrenue mais efficace de fabriquer un ostensible deus ex machina pour sauver son héroïne.

Un film en marge de toute vraisemblance, hors du temps et hors du monde, qui explore jusqu’à l’expérimental les rouages de la rencontre amoureuse. Installée au cœur d’un café, Mavie écrit seule, réfugiée dans le silence de l’intime, où seul pénètre le murmure du stylo caressant le papier. Elle est à la fois une autre et un peu nous, installés au cœur d’une salle de projection, entourés mais seuls dans notre dialogue avec le film. « Drôles d’oiseaux » est une bulle bizarre, désordonnée, qu’il s’agit à chaque séquence de remettre en ordre. A destination d’un public averti ; mais pour qui l’imaginaire prime sur l’ordinaire, alors « Drôles d’oiseaux » est un véritable phénomène !

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