Cannes 2017/Cinéma vérité

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR de Claire Denis

NOTE 2,5/5

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

A Cannes, Hong Sang-Soo (« Le jour d’après ») et Philippe Garrel (« L’amant d’un jour ») questionnaient l’amour en noir et blanc, dans des œuvres sublimes mais où le sentiment s’en trouvait profondément intellectualisé. En contrechamp à ces poésies pudiques, Claire Denis oppose une définition beaucoup plus sauvage et authentique de l’amour, préférant le bestial au charnel, le libidineux au romantisme.

Le film est ainsi troublant parce qu’il nous « parle ». En tout cas, nous évoque une situation, une réalité, quelque chose d’ordinaire et de moderne. D’un autre côté, cette recherche de vérité tire parfois jusqu’à la caricature. Isabelle est peintre, or, en dehors d’une galerie d’échecs sentimentaux, rares sont les œuvres de l’artiste qui nous sont données de voir. Car c’est surtout une peinture intérieure du personnage que filme Claire Denis.

Isabelle (Juliette Binoche) s’est amourachée d’un sale type, un homme marié et lubrique, banquier goujat persuadé que tout s’achète et se négocie, l’amour d’une femme y compris. Le manège marche un temps, celui – nécessaire – pour qu’Isabelle apprivoise sa solitude, et se mette enfin en quête du « vrai » amour. Un film thérapeutique sur la reprise en main d’une femme sur elle-même, dont la guérison commence lorsque le bonhomme sonne à la porte, un bouquet de roses blanches, et lance, en guise de mots doux, un grossier « j’avais envie de te niquer » qui, pour une fois, ne la réconforte pas mais l’indigne.

Il était urgent d’en finir avec la « femme objet ». Outre l’asservissement des rapports amoureux, qu’elle espère et rejette à la fois, Isabelle prend le pouvoir et décide. C’est elle qui choisit quand, où, comment et avec qui. Dans la voiture avec un comédien qu’elle vient de rencontrer, elle résiste et refuse (« non, tu ne m’appelles pas demain ») mais s’offusque qu’il n’ose pas la retenir. C’est là que le film capte les limites de l’émancipation amoureuse, parce qu’en rebattant les cartes de la séduction, elle crée aussi la confusion.

C’est sans doute la raison pour laquelle « Un beau soleil intérieur » se laisse quelquefois dépasser par ce qu’il veut précisément montrer. Plusieurs fois, les dialogues s’engluent ainsi dans un océan de vide, à la fois très réaliste et – disons-le – très chiant. La cinéaste s’entête à filmer de longues séquences où des gens parlent pour ne rien dire, sans se comprendre, jusqu’à ce qu’ils ne semblent plus rien avoir à se dire du tout. Alors, enfin, ils baisent. « Je n’en pouvais plus de tous ces mots » soupire Isabelle.

Un bel effet de miroir entre la mise à nue psychologique d’Isabelle (elle fait le récit de ses rencontres à ses amis, à un voyant, à elle-même…) et sa mise à nue physique (notamment la première séquence qui s’ouvre sur ses seins) illustrant le sous-thème du film : l’impuissance. Il y a l’impossibilité de jouir bien sûr (dont la scène rappelle celle d’ Amélie Poulain), sauf quand elle « se disait que c’était un salaud », l’échec à trouver l’amour, tout comme à déjouer le destin, qui l’attire inévitablement vers les mauvais numéros.

La manière d’aborder le sujet donne l’impression d’une quête artificielle et faussée. Au fond, « rechercher l’amour » ne veut rien dire en soi. La naïveté sentimentale voudrait plutôt qu’on le rencontre… Ce qu’essaie vainement de conclure la dernière séquence dans des régurgitations verbales interminables et surnaturelles, d’un gourou au pendule qui prédit le tout et son contraire. Gérard Depardieu en marabout n’est pas crédible une seconde, mais on peut éventuellement suivre son conseil : « rester open ». Quelle clairvoyance !

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