Cinéma vérité/En bref

En bref : POUR LE RÉCONFORT de Vincent Macaigne

NOTE 3/5

Pascal et Pauline reviennent sur les terres de leurs parents après des années de voyage, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer les traites du domaine. Ils se confrontent à leurs amis d’enfance qui eux, d’origine modeste, n’ont jamais quitté leur campagne. 

Elle demande : « comment on dit j’ai raté ma vie, en espagnol ? ». De retour dans le domaine familial, à Orléans, la question est un constat. Celui de Pascal et Pauline, enfants gâtés d’un héritage familial qu’ils ont allègrement dilapidé dans l’insouciance de New York et Mexico – où ils sont chacun partis vivre. De retour au bercail, forcés, pour la vente du domaine dont ils ne paient plus les traites, les remords et la nostalgie ne passent qu’en coup de vent. Car leur exil est d’abord une fuite. Celle, avouée, d’échapper à la précarité d’une campagne qu’ils honnissent et à laquelle ils se sentent étrangers.

On dit souvent que le voyage est une ouverture sur le monde. Mais le leur est un caprice, une occupation de petits bourgeois attirés par les lieux branchés. Non, « Pour le réconfort » n’a rien de confortable. Film révolté, la lutte des classes devient un jeu de clashs à la fois drolatique et peiné, qui balance sur les riches comme sur les pauvres.

Et on peut dire que Vincent Macaigne et ses copains ont le sens de la formule. A la fois hystérique et jubilatoire, le film alterne les engueulades musclées et les critiques susurrées – mais toutes aussi incisives. De leur amitié passée ne reste que la rancœur et les souvenirs envieux, de ceux qui n’avaient rien et ont tout construit contre ceux qui avaient tout mais n’ont plus rien. Là encore, le film ose et donne des coups, mais sans jamais donner de leçon. Et s’autorise même des moqueries bienveillantes sur les rêves écolos d’une amoureuse de la nature « qui aime les peupliers » qu’il oppose à l’opportunisme d’un entrepreneur qui loue « la vieillesse comme avenir » pour continuer de prospérer avec ses maisons de retraite. Le film ne recule devant rien, et affronte les réalités moches qui lézardent la France d’aujourd’hui. Un pays à deux vitesses, où des « connards de bourgeois jouent aux péquenots », béatement émerveillés par une nature dont ils avaient oublié la beauté, et des « pauvres qui même riches resteraient pauvres ». Telles deux conditions irréconciliables, que ces comédiens inconnus portent avec flamboyance et vivacité. Une comédie douce-amère presque documentaire dans son approche, réveillée par la colère abrasive et inflammable de chaque séquence.

Si la première moitié est hilarante, mélange de drôlerie et de rage, ce film énervé s’enlise rapidement dans sa propre fureur ; jusqu’à se retrouver coincé dans une redondance légitime mais acharnée. Plus le film avance moins la discussion est possible, et tout devient prétexte à brailler. C’est un peu long, surtout que le dialogue est bloqué. Seraient-ils tous à court d’arguments ? Sauf à dire comment ces connards pourraient l’être un peu moins, il semble n’y avoir aucun salut pour ces deux héritiers – seulement désolés d’être bien nés. La preuve que l’argent ne fait pas le bonheur à l’heure où chacun règle ses comptes, même si la jalousie évidente des prolos qui les méprisent de quitter la France rêvent eux aussi d’Amérique, à New York ou Mexico. Assourdissant, mais sensitif.

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