En bref

REGARDS DE RUSSIE : 15è Semaine du nouveau Cinéma Russe à Paris

De la Russie au cinéma cette année, je me rappelle surtout le fatalisme et le désenchantement de la « Femme douce » de Serguei Loznitsa d’un côté, incarnation mutique et résignée d’un pays miné par les injustices, en contrechamp duquel « Faute d’amour » d’Andrei Zviaguintsev oppose une fable contemporaine et malheureuse d’un couple qui se déchire, « encombré » par leur enfant.

Or le cinéma russe, et les sélections éclectiques du festival « Regards de Russie » le démontrent chaque année, ne se limite pas à ces seules représentations désabusées d’un pays figé dans son passé. Cela existe, et constitue l’âme même du cinéma russe, comme un geste reconnaissable entre tous, une signature artistique commune. Mais chaque édition est l’occasion de dénicher des œuvres en mouvement, figures d’un cinéma décomplexé plus positif et réjouissant, plus audacieux ou plus expérimental.

Du drame au mélodrame, du film-catastrophe au musical, « Regard de Russie » s’autorise toutes les découvertes. Parmi les pièces maîtresses les plus excitantes, je retiens l’introspectif « Arythmie » de Boris Khlebnikov sur un médecin pris entre les vies qu’il sauve et la sienne en souffrance, « Le Bolchoï » de Valery Todorovski sur les traces d’une jeune danseuse (je repense forcément à mon coup de cœur « Polina » signé Angelin Preljocaj) ou encore « Allume le feu » de Kirill Pletniov, film ovni en musical, inspiré d’une histoire vraie sur une gardienne de prison devenue star de la chanson !

Du 8 au 14 novembre 2017, le cinéma L’Arlequin à Paris redevient donc l’ambassadeur d’un cinéma russe multiple et bouillonnant, en 16 films rares ou inédits sur nos écrans.


Jour 3 – LA CARPE (DE)GIVRÉE de Vladimir Kott

Une femme condamnée par la maladie renonce à attendre la mort et s’emploie à préparer ses propres funérailles, afin d’enlever le poids des formalités à son fils, plus préoccupé par son travail que par sa mère. A la question peut-on rire de tout, le film répond par le portrait d’une dame à la fois émouvante et courageuse, drôle et positive. Si le rôle du poisson a un côté plus loufoque encore – celui de miraculé – le film fonctionne parce qu’il connecte véritablement le spectateur à la tragédie de cette charmante vieille femme, vivante, sympathique et pleine de répartie. Pudique, le film ne s’attarde jamais sur la tristesse de la fin de vie et s’achève avec une humilité réconfortante et nécessaire. Sublime.


Jour 4 – ROCK de Ivan Chakhnazarov

De jeunes rockeurs amateurs sont repérés par un producteur de radio qui les attend à Moscou pour une audition. Sur la route, ils enchaînent les problèmes et se retrouvent menacés de mort. Rien n’est jamais vraiment surprenant dans le scénario et le « rock » en question est plus prétexte au jeu de mot avec le « destin » (en russe) que la musique elle-même, le groupe poussant assez peu la chansonnette au cours du film. L’absurdité des situations rappelle l’humour pieds dans le plat de « La loi de la jungle » d’Antonin Peretjatko ou du phénomène «Quo vado » de Gennaro Nunziante. Quoique le film n’est pas dénué de bonnes ondes, les jeunes ayant au moins pour eux des personnalités maladroites et naïves, mais attachantes.


Jour 5 – SALIYUT 7 de Klim Chipenko

La station spatiale Saliout-7 ne répond plus. Deux cosmonautes aguerris sont envoyés en urgence dans l’espace pour réparer le vaisseau. Bien que très classique dans le genre, alternant les allers-retours entre la Terre et l’espace, ce film particulièrement grandiloquent (la musique envahissante vient sans cesse souligner le suspense même lorsqu’il n’y en a pas) offre un contrechamp aux super productions américaines comme « Gravity », avec lesquelles il entre volontairement en collision (des astronautes américains qui applaudissent les russes depuis leur capsule, en plein milieu de l’espace…). Culotté ! Moins spectaculaire mais plus empathique, la version soviétique provoque un tas d’émotions contraires. Mission accomplie.


Jour 5 – ALLUME LE FEU de Kirill Pletnev

Une gardienne de prison passionnée de chant est invitée à participer à une émission de télévision. Est-ce une coïncidence si la détenue qui l’encourage et l’entraîne s’appelle Maria « Star » ? Tourné dans un environnement sale et violent, les répétitions de la chanteuse sur des airs d’opéra redonne un peu de poésie à ce lieu abjecte. Délicieusement suranné, le film semble facile, évident. Légères, les moqueries des uns, douce, la colère des autres. On assiste ainsi, fasciné, à l’éclosion d’une femme. Ce sont d’abord les cheveux que l’on détache, le parfum que l’on se met, puis la robe que l’on porte. Et enfin, sa féminité qu’on assume. Dans le rôle de la prisonnière providentielle, la belle Victoria Isakova, qu’on avait déjà adoré dans « Le Disciple ». Émouvant !

Information et programmation:
http://www.lesecransdeparis.fr/cinema/2625/arlequin/article/31675/festival-regards-de-russie

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