Cannes 2017/Cinéma vérité

LA FIANCÉE DU DÉSERT de Cecilia Atán & Valeria Pivato

NOTE 3,5/5

Teresa, 54 ans, a toujours travaillé au service de la même famille jusqu’au jour où elle est contrainte d’accepter une place loin de Buenos Aires. Elle entame alors un voyage à travers l’immensité du désert argentin, et ce qui semblait être le bout du chemin va s’avérer le début d’une nouvelle vie.

Une femme en transit se retrouve esseulée au milieu d’un désert de forains, sur le parcours des pèlerins de la « Difunta Correa ». Une épreuve pour cette employée de maison discrète qui se retrouve soudain bousculée hors les murs d’un quotidien monotone et rassurant, perdue dans un drôle d’entre deux oppressant et fantastique. Il y a l’entre deux vies évidemment (l’arrivée dans une nouvelle famille), l’entre deux mondes (celui extraverti des forains) et l’entre deux âges (le rite de passage).

Une vie entière à s’occuper d’une famille comme s’il s’agissait de la sienne, et réaliser qu’on n’y appartient pas. A première vue, le parallèle qui est fait avec la Sainte – morte de soif en voulant préserver son mari – semble un peu abusif. La répétition des imprévus (le bouleversement de sa vie tranquille, le bus qu’il faut attendre, le réseau qui ne passe pas, ses affaires qu’elle oublie…), la tempête qui se lève et qui enjoint ce sentiment d’urgence, la confrontation d’une femme face à son destin… Jusqu’à oser cette quête surprenante qui transforme la recherche d’un sac de voyage égaré en un road-movie sentimental.

« La fiancée du désert » adopte une approche souvent très démonstrative – et par ailleurs paradoxale pour un personnage aussi embarrassé. Il y a pourtant quelque chose de l’ordre de la magie dans ce film, où l’aridité emporte tout, mais où perdure la beauté sèche de l’émotion, ici sans cesse contenue. Car la fameuse traversée du désert dont il est question n’est donc pas tant le décor terrestre, mais plutôt le désert affectif d’une femme qui a toujours vécu pour les autres et qui se met enfin au service d’elle-même. Et puis c’est un petit geste dérisoire, lorsqu’elle défait ses cheveux, qui irradie tout.

Face à cette liberté vertigineuse, le film est à l’image de son titre : poétique. Dans cette version revisitée du conte de Cendrillon des Andes, le bagage remplace le soulier mais l’un et l’autre ont en commun de pouvoir changer leur vie. Or, l’épris Gringo – étranger à son monde, et bohème quand elle est immobile – craint que tout le charme ne soit rompu si l’objet est retrouvé. Alors, il se plaît à l’emmener sur de fausses pistes, à lui présenter ses oasis rêvés au milieu du désert, à la rencontre de lui-même. D’une séquence suffocante où elle est noyée dans de longues robes de mariée blanches accrochées en l’air et agitées par le vent, elle apprivoise le temps suspendu, perchée sur les hauteurs, le regard tourné vers l’horizon des possibles.

C’est très expressif certes, mais bouleversant surtout, parce qu’un phénomène s’opère et se dénoue. Le film explore ainsi avec patience la séduction délicate et fragile d’un couple divergent, frustré du désir et de la pudeur de deux adultes décatis mais néanmoins concupiscents. Quelle scène d’amour de cinéma, lorsque son regard confus se confronte au plaisir qu’elle prend ! Le film pourrait ne valoir que pour cette image symbolique et ultime, qu’on voudrait voir s’éterniser, d’une invisible qui tire sa force et sa confiance de sa sexualité. Un petit miracle.

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