Cannes 2017/Cinéma vérité/En bref

En bref : CŒURS PURS de Roberto de Paolis

NOTE 2/5

Agnese et Stefano vivent à Rome. Elle, 18 ans, est couvée par une mère croyante qui lui demande de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage. Lui, 25 ans, a grandi entre trafics et vols occasionnels. Quand ils se rencontrent, se dessine l’espoir d’une nouvelle vie…

Comme son nom ne l’indique pas, « Cœurs purs » est un film pressé. L’ouverture sur la course-poursuite des futurs amants n’est que l’expression littérale d’un empressement général qui domine tout le film. Plus qu’une impatience, une urgence. Celle pour Agnese de s’émanciper de cette relation mère-fille fusionnelle et castratrice et celle, pour Stefano, de survivre au désœuvrement de sa condition sociale.

Ainsi, donner naissance à leur amour se fait nécessairement dans l’opposition ; quitte à devenir démonstratif et sur-signifiant. Le film se construit ainsi dans la dualité. D’un côté il y a la densité spirituelle de la religion contre l’ennui, la sagesse et la raison contre la violence, l’envie contre le péché, l’humanisme contre le racisme… Le cinéaste s’intéresse précisément à ce qui viendra troubler cet ordre établi, aux points de contacts et de convergences de ces deux polarités, pointant ainsi la caméra sur l’évolution de l’amour – comme troisième personnage – plus que sur une réflexion globale sur un quelconque rite de passage à l’âge adulte. C’est peut-être ce qui sauve aussi le film, finalement, de la fable naïve et pachydermique.

Sous le soleil et la clarté des lumières romaines, l’action de déroule pourtant presque en vase clos, dans des espaces fermés. Celui des appartements, de la voiture, d’une église… Il faut dire que l’enjeu des personnages s’apparente à une guerre des territoires : celle d’un parking qu’il faut surveiller pour Stefano, et sur lequel s’introduisent quotidiennement des réfugiés dont le camp est piètrement séparé par une clôture de fer, et celui d’un corps vierge pour Agnese, qu’elle doit préserver jusqu’au mariage, et dans lequel pénètre le désir. A cela s’ajoute une lutte contre l’enfermement et les cases aliénantes d’une prison morale (incarnée par la chasteté religieuse en contradiction avec les besoins physiologiques amoureux) et d’une prison sociale (un métier de vigile où il n’y a pratiquement rien à surveiller).

La place du culte est particulièrement importante ici, puisqu’elle détermine la relation des protagonistes. De ce point de vue l’apprentissage religieux d’Agnese est à la fois moderne (l’accueil des migrants) et anachronique (la promesse de virginité). La force du film, même s’il en fait souvent trop, est de rester à l’écart de l’intention morale et du jugement. Il ne s’agit jamais d’approuver ou de ridiculiser, plutôt de poser un cadre factuel et prééminent qui sert aussi à cerner et comprendre l’ambivalence d’Agnese comme la dichotomie de ce qui se joue.

A Cannes, fatiguée et malade, j’avais confondu l’élément structurant de l’histoire avec une surenchère abusive de la dévotion, paroxystique, caricaturale et utopiste. Or en ne visionnant que la première partie du film, j’avais raté l’éruption du doute et de la décision, lorsque les contraires fusionnent, puis explosent. Evidemment, le bien nommé « Cœurs purs » ne s’écarte que timidement de sa route toute tracée, mais pour ses quelques déviations risquées et inattendues, ça vaut bien le détour.

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