En bref

En bref : DOWNSIZING d’Alexander Payne

NOTE 1,5/5

Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie.

Si le principe sonne faux et l’idée saugrenue, en fait, le sujet de départ est futé. Réduire l’homme pour sauver la planète. C’est mathématique : plus il est miniaturisé, moins il produit de déchets. Sous couvert d’une avancée scientifique majeure, la première partie du film explore l’horizon des possibles d’un futur extraordinaire où l’humain aurait le choix de contribuer de façon significative à l’effort collectif tout en bénéficiant des avantages d’une nouvelle vie à taille réduite. Servie façon téléachat et hormis son aspect irréversible, l’offre effectivement paraît alléchante.

En s’inspirant d’une situation réelle pour la déformer, le réalisateur projette nécessairement sur le spectateur le spectre de ses propres questionnements. Qu’aurions-nous décidé à la place du personnage ? Sauf que, passé les tergiversations évidentes, l’histoire semble s’être réduite avec son héros. Fallait-il réellement s’infliger une diminution physique pour constater que non, cela ne réduisait pas par effet de ricochet les inégalités sociales ?

En soi, le personnage de Matt Damon n’est pas désagréable ; quoique son attitude ébahie de parfait quidam le rend quelquefois pathétique et transparent. C’est le profil type de notre société : c’est à dire l’homme faillible et indéterminé, qui oriente ses choix par soucis de conformisme plutôt que par conviction. En ce sens la vision d’Alexander Payne s’avère assez pessimiste sur notre humanité, faible et gangrenée par une inertie décourageante.

Certes, le portrait contrepoint de la dissidente vietnamienne miniaturisée de force donne au film une ampleur plus politique. Or son altruisme reste cloisonnée à sa condition marginale et opprimée. Par ailleurs pourquoi l’avoir accablée de tous les maux à la fois ? Handicapée, rescapée, étrangère, précaire… Celle qui venait insuffler l’alternative se retrouve grimée comme une figure gadget dont on se sert pour légitimer le film.

« Downsizing » est une contraction de toutes les utopies. Le rêve d’écologie sans rien avoir à sacrifier (les ordures sont amoindries par la taille donc pourquoi se restreindre?), le rêve d’un monde idéal (intitulé « Leisureland »), le rêve de richesse… Mais ne parvient jamais à dépasser les lieux communs de la nature humaine. N’est-ce pas dommage de voir un film doté de motivations terriblement actuelles (le climat) saboté par un paradoxe aussi honteux ? Celui de réduire sa taille pour prétendre à une démesure inutile, comprendre : en rapetissant, voir son compte en banque, lui, se démultiplier. En contrechamp, un groupe d’écologistes qui tente de préserver l’humanité passe pour un tas d’illuminés. Il y a une part de malhonnêteté intellectuelle dans ce film pourtant intelligent et lucide, qui échoue à s’évader des réalités au sein même de l’espace du rêve. Résultat : quelques grandes idées, mais pas à la hauteur…

Publicités

Une réflexion sur “En bref : DOWNSIZING d’Alexander Payne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s