Cinéma vérité/En bref

En bref : SEULE SUR LA PLAGE LA NUIT de Hong Sangsoo

NOTE 3/5

Allemagne. Younghee a tout laissé derrière elle : son travail, ses amis et son histoire d’amour avec un homme marié. Seule sur la plage, elle pense à lui : elle se demande s’il la rejoindra. Corée du Sud. Quelques amis s’amusent de Younghee qui, ivre, se montre cruelle à leur égard. Seule sur la plage, son coeur divague : elle se demande combien l’amour peut compter dans une vie. 

Une femme en convalescence amoureuse s’agenouille sur un pont. C’est en même temps l’expression immédiate d’un renoncement à l’amour et la résolution d’aller de l’avant. Alors, elle marche, quelque part entre l’Allemagne et la Corée, dans des villes mornes mais où, dit-on, il fait bon vivre. Pourtant mélancoliques et amères, ses divagations gracieuses viennent illuminer les paysages austères dont l’œil malicieux perçoit encore la beauté et le charme, comme cette bicoque triste dans un parc qu’elle regarde comme un château de princesse. Cette vision innocente manifeste les premiers signes de la renaissance sentimentale comme d’une période de transition entre l’exil pour se forcer à oublier et le retour au pays, mais loin de la ville maudite où sont concentrés les souvenirs. Ce vague à l’âme au bord de la mer explore la tragédie amoureuse, et la difficile rémission émotionnelle.

C’est à la fois le spleen et l’idéal. Parce que la plage éprouve parfaitement cette contradiction laborieuse de se sentir d’un même mouvement apaisé par les remous réguliers des vagues et tourmenté par le courant. C’est également le lieu du romantisme et de la solitude. Ainsi lorsqu’elle dessine le visage de son amant dans le sable, ce geste forcément éphémère, voué à disparaître par le vent et les marées, sert aussi à conjurer l’amour impossible.

Quoique l’amour dans ce film ne se réduit pas à un état, mais à une compétence. Est-on vraiment qualifié pour aimer et être aimé ? Outre la sécheresse de la désolation, les sentiments ont rarement été autant réprouvés qu’ici. Certes, la désillusion amoureuse fragilise. Mais de ville en ville et de cœur en cœur, le film exhume les bonheurs fallacieux et les apparences artificielles pour dire combien l’amour ne rend pas toujours heureux. D’ailleurs, les couples filmés ne semblent ni comblés ni satisfaits: l’une dévoile que son couple parfait cachait une misère sexuelle, un autre semble regretter sa liberté… L’échec amoureux affronte ainsi l’amour lui-même, et l’interroge ; toujours conditionné par la joie et la souffrance.

Chez un libraire mélomane, elle se reconnaît dans une partition pour enfants qui paraît simple mais se révèle complexe; à l’image même du mélodrame intérieur qui se joue. En dépit de son titre méditatif, « Seule sur la plage la nuit » ne fait que traverser un état passager sans en donner véritablement le remède. Aussi quand elle sort, bouleversée, d’une séance de cinéma, elle confronte volontiers l’imaginaire et le réel, entre l’envie de croire encore en l’amour et la réalité du désenchantement. C’est toute la difficulté de l’émoi, confondu entre l’évidence de l’ivresse et l’âpreté de la gueule de bois. Étourdissant…

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