Cinéma vérité/En bref

En bref : HANNAH d’Andrea Pallaoro

NOTE 1/5

Hannah dresse le portrait intime d’une femme dont la vie bascule après l’arrestation de son mari.

Une femme isolée par un gros plan s’époumone dans un long cri qui lui déforme le visage. Elle participe à une séance de lâcher prise. Or ce qu’elle réussit sur scène, elle l’esquive dans sa vie. Car dans ce film au rôle-titre palindrome, la routine et la solitude alternent péniblement des aller-retour. Hannah, discrète figure cernée du H de l’Habitude et du Haro, éprouve sa propre réclusion au monde après l’incarcération de son époux.

Au quotidien, elle fait illusion. Elle travaille comme femme de ménage chez une famille cossue, nage à la piscine et prend des cours de théâtre… Quoique la répétition interminable des situations, en renonçant à donner plus que des indices, décourage de mener l’enquête. En préférant le mutisme au mieux chuchotant, le film simule ses propres intentions à travers les dialogues d’un autre lors de lectures théâtrales, mais garde le silence sur ce qui le concerne directement. Est-ce par peur d’en dire trop ? Ou bien n’y-t-il vraiment rien à raconter ? Ce qu’on ne peut se résoudre à croire, tant le désastre intérieur d’une femme condamnée à aimer un maudit envers et contre tous donne là la meilleure preuve narrative possible.

On scrute ainsi les jours qui passent, guettant l’effondrement psychologique et moral dans les moindres micro-gestes du quotidien qui prendraient soudain tout leur sens. Ce joli travelling qui l’accompagne aux poubelles, cette contre-plongée qui la montre montant ou descendant d’immenses escaliers, ce plan fixe où elle force le chien à manger… A force de silence et de non-dits, le spectateur imagine le drame dans le rien d’un vide filmé qu’on aimerait, pour lui donner plus d’élégance, à tout prix combler.

A la place, le cinéaste propose un film fantôme qui traverse les espaces et les plans, errant dans une longueur terne et triste où même la lumière morose préfère s’éteindre ou se cacher. Dès lors, les enjeux les plus significatifs sont mutés en anecdotes, comme ce téléphone qui sonne sans personne au bout du fil, ou cette mère venue régler ses comptes trouvant porte close. Même l’infiltration d’eau provoquée par les voisins dégonfle l’espoir d’une révélation ou d’un suspense, offrant à l’étrange une forme de banalité.

De ce temps long et énigmatique ne reste que le plaisir renouvelé d’admirer Charlotte Rampling, dont la caméra énamourée effeuille le corps et le visage. Des cadrages qui jouent sur les multiples variations de l’image, pour apprécier l’actrice à même « le corps » sous la douche, derrière la vitrine d’une boutique, à travers les reflets d’une voiture… Toujours organiquement présente, mais mentalement hors champ. Insaisissable.

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