Ovni cinématographique

En bref : GASPARD VA AU MARIAGE d’Antony Cordier

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 31 JANVIER 2017

Gaspard doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, qui accepte de jouer sa petite amie pour l’occasion, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance. 

Dans un monde codé par les normes, « Gaspard va au mariage » est une épine dans le pied. Une petite aspérité à la fois bizarre et régressive qui donne au sérieux de la réalité l’illusion enivrante du désordre. Sous l’œil coquin et fantasque d’Antony Cordier le film – au titre simpliste trompeur – s’élance ainsi à la poursuite de l’amour, dans ce qui ressemble à une comédie romantique mais écume les tons et les genres jusqu’à trouver son propre rythme.

Ni tout à fait désopilant ni franchement tragique, le film navigue le plus souvent dans un entre-deux déconcertant, où le rire dissimule le malaise d’une famille originale plus habituée à signifier corporellement qu’à parler verbalement. C’est donc sans logique ni raison que Gaspard présente Laura comme sa compagne, pourtant délivrée quelques heures plus tôt des rails où elle s’était menottée avec une bande d’activistes, eux-mêmes rencontrés par hasard. La spontanéité des personnages et des situations permet aussi au film de s’affranchir d’une composition obligée pour explorer plus avant une forme d’humour instinctif, forcément à double tranchant mais dont l’absurdité confère une véritable fraîcheur.

Une malice tantôt fantaisiste, entièrement incarnée par la logorrhée de Lætitia Dosch, tantôt grotesque et emmenée par une tribu idéaliste. Propriétaire d’un zoo en faillite, la famille dont il est question est elle-même une espèce rare, refusant le conformisme d’une vie rationnelle et ordinaire. En ce sens, les noces du titre menacent évidemment d’extinction ce troupeau de bêtes curieuses, à la fois inadapté à la société et pleinement intégré à la nature; mais scelle dans le même temps le mariage hétéroclite d’une multitude d’idées contraires.

Une mère dévorée par un tigre, un père dissolu, une sœur puante coiffée d’une peau d’ours… A travers l’insaisissable « safari-portrait » d’une meute en voie de disparition, le film questionne les relations intrafamiliales et quelquefois la normalité, autorisant une sophistication esthétique qui ajoute au décalage. Or ce cirque imprévisible d’où surgit le meilleur et le pire donne la liberté au film de pénétrer des terrains minés à la fois dangereux et cocasses, où se croisent vautours, inceste présumé et aquarium humain dans la plus grande décontraction, contorsionnant le sordide par une lucidité inespérée. Sauvage et audacieux.

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