Cannes 2017/Ovni cinématographique

En bref : LA CAMERA DE CLAIRE de Hong Sangsoo

NOTE 3,5/5

Lors d’un voyage d’affaires au Festival de Cannes, Manhee est accusée de malhonnêteté par sa patronne, et licenciée. Claire se balade dans la ville pour prendre des photos. Elle fait la rencontre de Manhee. Désormais Claire décide d’accompagner Manhee au café où elle a été licenciée. C’est le moment de découvrir le pouvoir de Claire à l’œuvre…

Objet filmique non identifié, « La caméra de Claire » est comme son titre : une promenade figurative. Comme si le réalisateur avait réuni là ses comédiens puis dit : « ça tourne », sans autre feuille de route qu’une balade confuse et abstraite dans les rues de Cannes. A moins qu’il ne s’agisse de la réalité ? Tourné en quelques jours pendant le Festival 2016, on aime la facilité avec laquelle le cinéaste nous fait subitement lâcher prise, connectant le réel et le rêve, le vrai et le faux, le possible et l’improbable ; tout à la fois imbriqués dans une mise en scène abyssale et vertigineuse.

Le montage, une nouvelle fois labyrinthique (sa signature) et perdu quelque part dans un trouble passé et présent désynchronisés, réanime de justesse des scènes presque seulement filmées en plans fixes, immobiles, et qui manquent cruellement de rythme. C’est que cette balade onirique repose essentiellement sur l’imaginaire. Et il faut dire que le cinéaste n’en manque pas, parvenant à apporter une légèreté inattendue au drame : une femme accusée de trahison, qui perd son emploi. De nulle part surgissent des tas de situations cocasses et osées d’où fusent quantité d’idées inspirées et amusantes – seulement provoquées par le décalage évident entre l’action et la circonstance. Exemples choisis : cette jeune femme qui immortalise d’un selfie son licenciement, ou Claire qui raconte que c’est la première fois qu’elle vient au Festival de Cannes. Comment ne pas faire le transfert avec l’actrice (Isabelle Huppert) qui prononce cette phrase sans la trouver tout à coup loufoque et paradoxale ?

On s’émerveille que la magie opère si bien, émanant seulement d’un scénario bricolé qui semble s’écrire sous nos yeux, presque improvisé. Malgré quelques tentatives réflexives un peu alambiquées (« être innocent ne veut pas dire être honnête ») et finalement superficielles, la caméra de Claire est thérapeutique. Quand elle prend quelqu’un ou quelque chose en photo, le sujet « change ». C’est imperceptible à l’œil nu, à moins que nous n’ayons pas le regard aiguisé… Alors, Hong Sangsoo crée volontairement des points d’accroche visuels, pour nous guider dans son dédale joyeusement fantaisiste. Et cela tombe bien : le jaune, bizarrement omniprésent (les habits de Claire, les murs de l’appartement de Manhee, le sable de la plage…) est peut-être le prisme qui rend le tragique plus gai. Puis se rendre compte que cette couleur est associée à l’amitié et au savoir ; comme à la trahison et au mensonge : pile les thèmes qui essaiment le film. Or Claire, en prenant des photos d’inconnus, apporte réconfort et rayonnement à ceux qu’elle côtoie. Coïncidence ? Définitivement solaire.

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