En bref/Ovni cinématographique

En bref : EVA de Benoît Jacquot

NOTE 1/5

Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.

Dans son film, Jacquot nous dit que dans l’écriture ce qui compte, c’est le troisième degré : soit du second degré qui repasse par le premier. Quelle ironie, pour une oeuvre qui ne s’applique pas ses conseils à elle-même ! C’est ainsi que le film prétend parler du mensonge, mais ment lui-même, n’offrant qu’une imposture filmique. En faisant le récit platonique et littéral d’une histoire d’amour impalpable entre un escort boy boudeur et une prostituée froide, le film ne se donne jamais les moyens de dépasser ses ambitions, désespérément coincé dans les limites convenues d’un projet de manipulation plutôt que de mettre en scène une manipulation réelle. Ce qui accouche de fait d’un film dans l’ombre de lui-même.

Là où le cinéma expérimental peut se permettre d’utiliser des effets de style mal fichus et intrigants, les ralentis et mouvements de caméra de Jacquot n’ont rien d’artistique, d’esthétique ni même de cinématographique. Ce sont des gadgets clinquants qui s’ajoutent à un scénario déjà putaclic, où la promesse était de toute manière plus forte que le résultat. Être inspiré par la subversion c’est bien, la matérialiser, c’est mieux. Or la fantaisie immorale de ses personnages s’arrête là où commence la gêne. Celle, maladroite, construite sur des dialogues d’une insipidité terrifiante, d’une mise en scène paresseuse et de personnages arrogants. On sent bien, surtout, l’effort de jeu pour se donner un genre mystérieux, une attitude dangereuse ni naturelle ni névrosée. Le rire narquois d’Eva en réponse à un laconique « je suis venu pour te tuer » de Gaspard Ulliel dit vraiment tout du dépit que suggère le film…

On se demande ce que les comédiens sont allés faire dans cette galère, où même l’élégante Isabelle Huppert semble avoir la flemme. Lorsqu’elle retire sa perruque, que reste-t-il sinon les restes du costume de « Elle », où le personnage de Michèle semble quelquefois refaire surface ? Même classe vestimentaire, même coupe mi longue, même assurance et même détachement : peut-être même du pur Huppert, en somme. Sauf que chez Verhoeven, le malsain et le torride avaient l’avantage d’être concrets et assumés.

Ce qui demeure imperceptible chez Jacquot, où le gigolo n’a même pas le temps de se déshabiller, et la putain déclare enchaîner les passes mais ne couche jamais. Non, on n’était pas vraiment venu pour le spectacle, mais pas venu non plus pour subir ces pudeurs de gazelle. Il devait y avoir quelque chose de brûlant, de profond, de vertigineux comme le V de Eva. Ne reste pour se soulager que la clairvoyance des personnages de Richard Berry, producteur sceptique sur le manuscrit en cours du protagoniste, et de sa petite amie, interloquée par la médiocrité de son texte. C’est dire la platitude du film ! Bref, « Eva » est aussi vain qu’il n’est vénéneux, tant l’histoire vidée de sa substance ne raconte en réalité que le parcours d’un raté qui rate sa vie. Tout ça pour ça…

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