Cannes 2017/Cinéma vérité/En bref

En bref : THE RIDER de Chloé Zhao

 NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 28 MARS 2018

Brady, jeune star du rodéo et dresseur de chevaux voit sa vie basculer après un accident de cheval. On lui annonce alors qu’il ne pourra plus faire d’équitation. Chez lui, dans la réserve de Pine Ridge, il est confronté à la vacuité de sa vie : il est désormais un cow-boy qui ne peut ni faire de rodéo ni même monter à cheval. Pour reprendre le contrôle de son destin, Brady se lance dans une quête identitaire et cherche à comprendre ce que c’est qu’être un homme au cœur de l’Amérique.

Il y a quelque chose du syndrome de Stockholm dans ce film, qui traite d’un mal bien humain : l’amour absolu d’un être pour sa passion, aussi nécessaire que destructrice. Ici, une jeune tête brûlée et superstar du rodéo, contraint de renoncer à la discipline qui organise toute sa vie. Mais quel sens donner à une existence vouée à la tiédeur du monde, en marge de toute émotion, de tout frisson ? Là se situe la réalité du drame de « The rider », bien au-delà de l’accident lui-même. Pour l’amplifier, le comprendre, le palper, le film ne nous épargne d’ailleurs jamais la souffrance physique (son crâne dont il arrache les agrafes, ses doigts qui se crispent…) et morale, toujours pour nous soumettre nous-même au cas de conscience du protagoniste; et créer ainsi une forme de transfert. Dans un lien de cause à effet l’émotion se déploie plus intensément, donnant aux images une aspérité spécialement particulière et sensitive.

Originale dans sa narration l’histoire ne l’est pas, pourtant le film n’a pas la saveur fade du drame ordinaire. Tout simplement parce qu’il décèle la part poétique et intime d’un héros à la vie comme à l’écran, réécrivant sa propre tragédie personnelle, vécue et restituée dans une fiction plus vraie que nature. Il faut dire qu’il y avait pure cinématographie dans ce récit, où l’immensité des paysages vallonnés américains du Dakota dédit l’étroitesse des possibilités offertes.

Le cow boy est plutôt joli garçon, jeune, admiré. Il semble pourtant se détourner des chevauchées charnelles à la faveur des chevalines. C’est dire toute la dévotion et – de fait – l’abnégation insurmontable. Parmi les scènes les plus marquantes, on n’oublie pas celle où le cavalier rescapé rend visite à son frère, lourdement handicapé après une chute fatale, où l’animal devient à la fois l’objet de la catastrophe et la clé de la thérapie. On peut soudain ressentir l’effort intense pour faire bouger ses membres paralysés, et la joie d’un semblant de trot reproduit sur une poutre. Ou quand l’amour (ici du cheval) peut vraiment des miracles. Touchante leçon de vie.

On aime aimer ce personnage déroutant et borné, assoiffé du plaisir de vivre dangereusement. Peut-être celui-ci fonctionne-t-il aussi parce qu’il s’incarne lui-même et ne joue pas, ou bien est-ce parce qu’il ose ce que la plupart de nous n’ose pas affronter : ses rêves ? Tout à l’inverse, Brady est réputé comme dresseur, capable de maîtriser les chevaux les plus difficiles. Des bêtes sauvages qui ont autant besoin d’être apprivoisées que les hommes qui les montent ont besoin d’être rassurés. Parfaite illustration d’une relation paradoxale et entière, entre l’adoration et la crainte du rodéo, entre la douceur et la violence. C’est précisément la fragilité de cet équilibre parfait que capte le film, d’une confiance mutuelle et réciproque, remise en cause à chaque nouvelle performance. N’est-on pas responsable de ce que l’on a apprivoisé ?

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