Cannes 2017/En bref

En bref : MOBILE HOMES de Vladimir de Fontenay

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 4 AVRIL 2018

Ali et Evan sillonnent les routes entre les Etats-Unis et le Canada. Ils utilisent Bone, le fils d’Ali, âgé de huit ans, dans leurs trafics. Le jeune couple vit de plus en plus dangereusement. Tous rêvent pourtant d’un refuge, d’un foyer, mais leur fuite inexorable les entraîne sur un chemin qu’ils n’avaient pas prévu… Pour trouver sa place, Ali aura à faire un choix entre la liberté et sa responsabilité de mère.

Il y a quelque chose de déjà vu dans ce « Mobile homes », qui rappelle farouchement la « Suzanne » de Katell Quillévéré. Jolie blonde aux yeux bleus, la comédienne Imogen Poots (qui campe Ali) porte trait pour trait la malice et la rage de Sara Forestier. Outre leur allure trompeuse, elles partagent aussi des rôles conjoints, entre le goût pour une vie d’errance, leurs amours marginales et, bien sûr, leur maternité précoce. Mais là où le film français appuyait le drame familial, la version américaine préfère au confort du cocon une rupture radicale, où la mère adulescente se retrouverait dépossédée de tout passé, sans autre lien ni attache qu’un compagnon fourbe et voyou.

Le couple est jeune et beau, sauvage et heureux. C’est le culte de la douce inconscience, des jours sans penser au lendemain, d’une vie nomade et sans contrainte. L’enfant ? Un jouet que l’on manipule pour accomplir discrètement ses larcins (resto basket, revente de stupéfiants…). On s’attendrit comme on s’offusque de cette relation inversée entre la mère et son fils, où un garçon de huit ans s’octroie la responsabilité d’assurer la sécurité de ses propres parents. Pire encore : on enrage à l’idée qu’il puisse sembler si dispensable, quand il s’indigne et s’enfuit, momentanément. On repense forcément au bouleversant « Jack » d’Edward Berger, et sa capacité surnaturelle de résilience.

Mais que se passe-t-il le jour où le remords survient ? Voilà tout l’enjeu de « Mobile homes », qui, sans totalement s’affranchir du fameux rite de passage à l’âge adulte, restitue le portrait tendre et fragile d’une mère qui devient mère. Or ce qui rend le film spécialement plaisant est la manière dont le miracle arrive. On regrette que la première partie (plutôt un « vis ma vie de crapule bohème » ni très excitant ni très original) tarde à donner naissance au vrai cœur du film : sa rencontre avec un père de substitution, qui fixe des règles, la protège, la loge (dans un mobile home, donc, symbole d’une vie en mouvement…) et la fait travailler. Tourné à la frontière canado-américaine, les paysages pâles et figés dépeignent de façon illustrative le sentiment de révolte des personnages, leur déroute, leur colère. Tout est décuplé dans cet environnement hostile, où la brume du grand froid brouille la moindre ligne de fuite. Déchirant.

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