cannes 2018

71ème Festival de Cannes : J-7

Une affiche qui célèbre l’amour, Cate Blanchett présidente du jury, la fin de la quarantaine de Lars Von Trier, le cinquantenaire de « 2001 : L’Odyssée de l’espace », le centenaire d’Ingmar Bergman… Je m’apprête à vivre mon cinquième festival avec le sentiment miraculeux d’une toute première fois. Quelle étrangeté que ce moment de cinéma, où chaque nouvelle édition recommence avant même qu’on ai pu dire adieu à celle qui semble ne pas s’être finie. Il faut dire que la chronologie des sorties s’égraine au fil des mois, semant des souvenirs çà et là, d’un film qui nous a profondément marqué ou de celui qu’on avait tristement manqué, et qui vient s’ajouter là, comme la pièce manquante du puzzle qu’on peut enfin reconstituer.

Voir un film à Cannes est une expérience singulière, où l’émotion est décuplée, colossale, parfois fatigante. D’une part parce que le cadre participe évidemment à l’enchantement, mais aussi parce que le rythme démesuré, jusqu’à cinq films par jour, déforme notre perception cinéphile. Le banal peut soudain devenir magnifique, le moyen devenir médiocre. Ce sont des films qu’on se met à aimer profondément ou à détester copieusement, et que nos cerveaux finissent quelquefois par fusionner. Or c’est cet excès qui crée la magie de Cannes.

« The House that Jack Built »

Le premier jour, dans le Théâtre Lumière ou la Salle Debussy, le frisson arrive toujours par le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns et les applaudissements d’avant-film, signature de chaque projection de la Sélection officielle, rendant cet instant tout à fait particulier. Quelle excitation d’imaginer cette musique ouvrir le nouveau chef-d’oeuvre inespéré du maître Lars Von Trier, canaille indécente certes mais génie avant tout, dont je devine déjà l’injustice et la beauté de « The house that Jack built » !

Si beaucoup se réjouiront du spin-off de Star Wars, je lorgne déjà vers d’autres curiosités : celles de la Semaine de la Critique où sera présenté « Ultra Pulpe » de Bertrand Mandico, le sensuel et sensationnel géniteur des « Garçons Sauvages » (incontestablement l’un des films les plus réussis de ce début d’année). Ensuite, parce que Guillaume Senez a la sublime idée de faire jouer la truculente Lætitia Dosch dans « Nos Batailles ».

« Ultra Pulpe »

Outre ces trésors espérés, le festival pourrait surtout se jouer cette année à la Quinzaine des Réalisateurs qui s’offre une sélection 5 étoiles. Parmi eux notons par exemple « Amin », qui marque le retour de Philippe Faucon avec Emmanuelle Devos, le duo sacré Vincent Cassel / Isabelle Adjani dans « Le monde est à toi » de Romain Gavras, l’excellente Adèle Haenel chez Pierre Salvadori… Cerise sur le gâteau, le « Climax » de Gaspar Noé au synopsis mystérieux (et donc excitant : « la naissance et la mort sont deux incroyables expériences. La vie est un plaisir furtif »). Quoique la sélection Un Certain Regard se révèle toujours audacieuse, avec des valeurs sûres comme le chinois Bi Gan (fan de son mélancolique « Kaili Blues ») mixé à six premiers films dont « Gueule d’ange » avec Marion Cotillard et « Les chatouilles » avec Karin Viard. Deux long-métrages aux titres légers mais trompeurs…

« Gueule d’ange »

Et puis, bien sûr, en Compétition officielle, le bonheur renouvelé des noms rassurants, dont le russe Kirill Serebrennikov pour « Leto », qui m’avait scotchée il y a 2 ans avec « Le Disciple ». L’iranien Jafar Panahi et son nouveau film clandestin « 3 visages » ou encore Stéphane Brizé qui pourrait nous faire oublier le Vincent Lindon raté de « Rodin » pour la surprise de « En guerre ». En réalité, cette Sélection est tellement enthousiasmante qu’on pourrait presque énumérer tous les nommés ! Outre Kore-Eda Hirokazu qui est de toute façon un habitué de Cannes, citons aussi Spike Lee avec le très attendu « Blackkklansman » ou Lee Chang-Dong avec « Burning ».

Last but not least, quelques derniers plaisirs coupables sont offerts cette année à Cannes Classics, avec l’événement 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick reproduite en copie 70mm neuve présentée par Christopher Nolan, et le centenaire de l’immense Ingmar Bergman avec notamment « Le Septième Sceau ».

Si la multitude crée l’envie, alors Cannes est une addiction aux images infinie, vertigineuse, dangereuse, permanente. Comble de ce piège, le chinois Wang Bing suggère une épreuve ultime : celle de son film « Nos âmes mortes », d’une durée éclair de seulement… 8 heures 16 minutes !

Suivez-moi du 9 au 19 mai 2018 sur Twitter pour des compte-rendus de Festival et toutes les réactions à chaud.

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