cannes 2018

Cannes, jour 3 : PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE & L’ANGE

Jour 3. Après une courte nuit, je vis ma première flemme de Cannes 2018 : impossible de me lever aux aurores pour le film polonais en noir & blanc de la compétition « Cold War » de Pawel Pawlikowski (qui a par ailleurs remporté le Prix de la mise en scène, bien joué la pseudo cinéphile !) Deux cafés et une douche plus tard, je suis enfin prête et survoltée pour découvrir sur grand écran « Le Septième Sceau » de l’un de mes cinéastes chouchous Ingmar Bergman. Or par un coup de théâtre miraculeux, je me retrouve finalement à monter les marches pour « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré. Un peu fatiguée de la veille et clairement pas emballée par l’humour sous LSD de « Diamantino » à la Semaine de la Critique (qui fait pourtant l’unanimité, c’est un mystère pour moi) je m’octroie une petite sieste dans la salle du Miramar avant de ressortir 20 minutes plus tard pour aller boire un verre. Je termine ma journée par l’un des mes plus gros CRUSH du Festival : « L’Ange » de Luis Ortega, qui ressuscite l’esprit sulfureux et sensuel d’ « Orange mécanique ».


PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE de Christophe Honoré – Compétition Officielle

NOTE 2,5/5 – C’est l’histoire belle et tragique d’un coup de foudre arrivé trop tard, lorsque tout est déjà joué. Christophe Honoré capte ici la naissance du désir amoureux, dans la paradoxale lenteur de sa fulgurance. « Plaire, aimer et courir vite » est par définition un film pressé, puisque savoir que cet amour naît, par la force des choses, limité dans le temps, provoque naturellement la fougue, l’empressement et la précipitation. Malgré l’échéance, le couple cristallise le temps, à l’image du titre : c’est-à-dire qu’il est à la fois sensuel, audacieux et léger, dressé comme un espoir pour conjurer la mélancolie d’une fin du monde.

Arthur est jeune, charmeur et malicieux. Il tombe immédiatement amoureux de Jacques, écrivain reconnu, beau et spirituel, dans la pénombre d’une projection de « La leçon de piano » de Jane Campion. L’idée de cette rencontre, subite, improbable et irrationnelle, donne déjà les clés du rêve : celui d’une passion cotonneuse, comme un dernier délice avant la fin. Le film suit alors cette relation à la fois douce et impulsive, abstraite et sérieuse, folle et absolue. C’est se dépêcher avant qu’il ne soit trop tard, courir après l’évanescence d’un bonheur immédiat. Cette joie terrible d’aimer et d’être aimé fait aussi poindre la culpabilité et la honte. Celle de profiter d’un côté de la douceur de la vie, mais dans le même temps d’infliger cette épreuve à ceux qu’on aime.

Il y a évidemment une forme de brutalité dans la condamnation de Jacques, mais Christophe Honoré n’en fait jamais un motif de révolte comme dans « 120 battements par minute », auquel beaucoup ont comparé le film juste parce que des homosexuels ont le sida. Au contraire : « Plaire, aimer et courir vite » n’a pas vocation à se battre pour guérir, mais use de ses dernières forces pour philosopher sur l’amour. Ou le combat du corps avant qu’il ne s’altère, celui du cœur avant qu’il ne s’arrête. Alors, pour que le fantasme devienne réalité, le film facilite cette dernière romance en écartant tout ce qui pourrait nuire à l’enchantement de ce conte de fée : l’intolérance, la revendication et le jugement. Ce petit monde d’intello n’est pas inoubliable, mais sur l’instant, il est passionné et passionnant.


L’ANGE de Luis Ortega – Un Certain Regard

NOTE 5/5 – Dans le Buenos Aires des années 70, le film suit le parcours meurtrier d’une gueule d’ange vénéneuse et amorale, condamnée en 1980 à la perpétuité. Filmé comme une figure magnétique et ténébreuse, le cinéaste ne fait pas seulement le portrait scandaleux d’un psychopathe délicat et élégant, mais propose d’abord une expérience pop et sensorielle où la possibilité de donner la mort serait aussi enivrante que monstrueuse. D’ailleurs, ce qui anime Carlos, 17 ans, n’est pas tant le plaisir malsain de la torture, mais plutôt le pouvoir absolu et étourdissant de tirer, avec l’immaturité capricieuse d’un enfant gâté, vexé de se faire réprimander.

D’abord voleur, de voitures, de motos, de bijoux ou de vinyles qu’il dérobe dans les belles demeures de son voisinage, Carlos méprise d’une certaine manière ceux qui ont tout, parce que ses parents de classe moyenne sont des gens droits, économes et emplis de principes incorruptibles. Aussi lorsqu’il rencontre Ramon, fils d’un cambrioleur, l’adoption par cette nouvelle famille exempte de toute limite et de censure, est immédiate, fusionnelle.

Il y a quelque chose de l’ordre de la fascination qui s’opère lorsque le film montre la transition de Carlos, du garçon désobéissant au démon insensible, de plus en plus avide de posséder (la richesse, la vie, la mort, l’amour…). La dangerosité se répand ainsi comme une maladie progressive et inévitable, dans un vertige de sensualité morbide traversé de douceurs et de fulgurances. A la fois libre et indépendant, « l’ange » redevient pourtant, parfois, l’enfant versatile de ses parents, dans les yeux desquels il recherche sans cesse la fierté et l’amour. C’est toute la complexité de ce personnage, d’un côté totalement haïssable et de l’autre profondément attendrissant. La caméra de Luis Ortega vient saisir comme jamais ces contrastes indéfinissables pour les confronter à l’image : sa bouche pulpeuse d’une volupté inouïe, son corps mouvant et érotique en train de danser, son regard maudit et pénétrant…

Film terrifiant de beauté et de charme, « L’ange » ressuscite d’une certaine manière l’esprit sulfureux et criminel d’ « Orange mécanique », d’un héros torturé par l’émotion d’une belle musique et d’une cupidité irrationnelle. Sauf que dans la version argentine, l’affection et l’hypnotisme que provoque ce diable angélique ont la grâce confuse et envoûtante de l’admiration. Troublant et prodigieux !

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