cannes 2018/En bref

En bref : 3 VISAGES de Jafar Panahi

NOTE 3,5/5

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

Entre vérité et mensonge, image brute et montage, le film joue sur l’ambiguïté perpétuelle du cinéma et de l’art, dans une oeuvre pirate que le réalisateur lui-même n’aurait pas dû pouvoir tourner, puisque la justice iranienne l’en interdit. Pourtant mis en scène dans son propre rôle aux côtés de l’actrice Behnaz Jafari, « 3 Visages » ressemble à un pur mirage aux allures de road-movie. Trois ans après « Taxi Téhéran », le cinéaste reprend le volant pour porter secours à une jeune fille désespérée, qui vient d’envoyer une vidéo de son suicide à la comédienne. Vrai drame ou performance d’actrice ? Simple caprice ou appel à l’aide ?

Sur le chemin qui les mène au village, les deux artistes s’interrogent ainsi sur la véracité de ce message, s’accusant l’un l’autre de supercherie et de coup monté, doutant quelquefois de sa probabilité et en même temps effrayés par le désamour bien réel des iraniens pour ce métier de « saltimbanque ». Navigant lui-même entre fiction et réalité, le film prend régulièrement des allures de documentaire pour témoigner du malaise évident des artistes dans une société conservatrice; où les acteurs sont d’abord accueillis dans la liesse par les villageois admiratifs de ces stars de l’écran, puis subitement rejetés avec colère pour l’influence qu’ils inspirent. Jafar Panahi s’amuse du trouble qu’il sème, observant avec une insolence tranquille les agitations révoltées des bornés qu’il confronte à l’inverse dans des scènes d’une quiétude provocatrice. A la fois sécurisé par la fiction et menacé par l’illégalité de son film, le cinéaste prolonge ainsi son scénario dans une mise en abîme intelligente et incarnée, où son actrice et lui-même matérialisent justement face aux habitants le « déshonneur » palpable et concret qu’ils redoutent.

Les « 3 Visages » du titre se rapportant alors à celui de la comédienne d’autrefois – qui vit aujourd’hui recluse, celui de l’actrice d’aujourd’hui et celui de la génération à venir. D’apparence simple, c’est à la fois drôle, cruel et magnifique. La preuve qu’avec peu de moyens mais beaucoup d’imagination on peut faire de grands films !

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