cannes 2018/En bref/Ovni cinématographique

En bref : UN COUTEAU DANS LE CŒUR de Yann Gonzalez

NOTE 2/5

Paris, été 1979. Anne est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie.

Il y avait quelque chose d’assez excitant dans l’idée même de ce drame underground et onirique, désirable par son approche décalée et mystérieuse d’une galerie de personnages à la marge. La pornographie vintage, les sous-sols audacieux, l’obscénité assumée… D’ailleurs, la beauté de certains plans dont le premier meurtre filmé comme une oeuvre d’art (avec le sang qui s’écoule comme une auréole autour de la victime) sacre dès le début son goût pour la transgression. Avouons-le : c’est beau. Mais si les défenseurs du films louent l’hommage inspiré du giallo italien, reste que derrière l’effet purement plastique, impossible de ne pas sentir la vacuité d’une fiction vaine qui décline mais n’invente rien, voilant toutes ses intentions d’un filtre de série Z.

C’est mal interprété. Est-ce un parti pris ? Evidemment : qui pourrait décemment croire que Vanessa Paradis n’était pas d’humeur ou que Yann Gonzalez ne se soit pas lui-même rendu compte de la catastrophe. Supposons alors que la consigne ait été de « mal jouer », de caricaturer tellement les traits des personnages que ceux-ci incarnent l’extravagance irrationnelle qui innerve tout le film. Soit. Pourtant cela ne lui apporte rien d’authentique, ni de valeur ajoutée. Certes, le cinéma dont Paradis est la patronne est spécialiste des productions à petit budget; on peut donc imaginer le parallèle avec le film principal (celui que nous sommes nous spectateurs en train de regarder) et justifier ainsi cette manière de jouer, voulue instinctive mais définitivement rendue outrancière et pathétique. Lorsqu’une nuit dans une scène d’hystérie désespérée Anne supplie son amoureuse de ne pas la quitter, on voudrait que cela nous déchire le cœur, nous aussi. Pourtant, la pluie qui tombe comme une fatalité sur cette divine idylle est le détail en trop : celui qui ajoute du cliché au cliché. Les effets ainsi accumulés s’annulent, ne laissant qu’un drame poisseux et mal écrit.

Or l’esthétique léchée et hallucinatoire ne suffit pas à compenser la pauvreté de l’écriture, dont les dialogues navrants et le jeu appuient les poncifs sans jamais ni les servir ni les sublimer. De ce point de vue, la déception est d’autant plus forte que le copain Bertrand Mandico (qui apparaît dans le film) a sorti en début d’année ses « Garçons sauvages » à l’inverse d’une fraîcheur et d’une poésie fantastique, créant à chaque séquence une nouvelle idée de mise en scène et de plastique, un film sulfureux et sensuel, aux antipodes d’ « Un couteau dans le cœur ». Ici le film fait donc figure de copie, tout au plus d’expérience, mais sans rien avoir d’expérimental. Si l’écriture affecte tant l’ensemble de l’oeuvre, reste qu’en dépit de quelques passages « clipesques », le stylisme envoûtant pourrait presque opérer seul, à regarder dans le son pour le seul plaisir des images. Le film montre ainsi ses limites, évacuant in fine toute l’émotion promise… A l’arrivée, un mélodrame gênant et insipide.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s