Cinéma vérité

COME AS YOU ARE de Desiree Akhavan

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 18 JUILLET 2018

Pennsylvanie, 1993. Cameron, vient de poser ses valises à God’s Promise, établissement isolé au cœur des Rocheuses qui s’est donné pour mission de remettre ces âmes perdues dans le droit chemin. La faute de Cameron ? S’être laissée griser par ses sentiments naissants pour une autre fille. Tous partagent cette même fêlure, ce désir ardent de pouvoir aimer qui ils veulent. Si personne ne veut les accepter tels qu’ils sont, il leur faut agir…

Des gamins amoureux sont empêchés et confinés à « La promesse de Dieu », un centre religieux censé les remettre sur le droit chemin. Ces jeunes, qui ont osé éprouver un désir homosexuel, sont ainsi soignés à l’auto-flagellation psychologique afin de lutter contre leurs pulsions prétendument irrationnelles. S’il existe effectivement un simulacre rassurant de liberté, de douceur et de compréhension dans cet accompagnement abêtissant, c’est qu’il s’agit d’user de l’aliénation religieuse pour dénigrer l’identité profonde de ces adolescents, dont la construction passe à la fois par le trouble et l’expérience.

Visuellement le film n’a rien de stupéfiant, ni dans sa recherche de mise en scène ni dans sa narration policée et conciliante. Pourtant, la manière avec laquelle il dépeint ses personnages lui confère une singularité sous-jacente. Sans être pour autant totalement subtil, ce qu’on pourrait facilement confondre avec un vulgaire teen-movie a l’intelligence de ne pas aveugler cette jeunesse de naïveté. Dénué du filtre de petite chose fragile, chacun porte en lui la conviction profonde de bien faire, résistant comme il peut aux assauts d’un traitement inefficace mais aux multiples effets secondaires : doute, chagrin, dégoût, culpabilité…

Car, sous l’aspect d’un iceberg où tous sont invités à inscrire les supposées causes de leur déviance, se dessine en réalité le chemin de la lucidité et de l’acceptation de soi. C’est aussi, d’une certaine façon, le manifeste dérisoire mais matériel de leur identité, qui leur permet aussi de déchiffrer leur propre histoire et selon leur version. Ce motif de l’iceberg est par ailleurs transposé dans le film à travers les comportements mêmes des pensionnaires, tous ayant toujours un double visage. Inutile, alors, de représenter le chaos, mais au contraire de faire surgir leur révolte dans l’invisible : le songe et le mental. On s’étonne toute une partie du film de cette atmosphère si récréative et pieuse, légère et coopérative, tandis que leurs familles les ont parqués là, par peur de ce qu’ils jugent contre-nature. Or le respect apparent des règles religieuses n’empêche jamais ni l’évasion par le fantasme ni la transgression inoffensive.

Naturellement, l’enfermement pèse sur les consciences et sur l’incertitude entre le bien et le mal. Ces vérités alternatives répétées tournent à la négation de soi et au harcèlement moral, dans lesquelles se noient les enfants, qui à force d’interdits deviennent perméables à la moindre tentation. Pourtant, le film, dilué dans la nuance, ne pointe jamais les personnages de façon manichéenne. Ainsi les dirigeants du centre sont eux-mêmes victimes de leur fourvoiement, et sont perçus mauvais par le prisme de nos propres certitudes, tandis qu’ils se sentent assurés de leur bonté. C’est ici que sont confrontées les limites de la thérapie et de sa méthode, où l’instinct et la confiance en soi restent peut-être le meilleur traitement pour espérer faire les bons choix.

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