cannes 2018/En bref

En bref : MON TISSU PRÉFÉRÉ de Gaya Jiji

EN SALLES LE 18 JUILLET 2018

NOTE 2,5/5

Damas, mars 2011. La révolution commence à gronder. Nahla vit dans une banlieue syrienne avec sa mère et ses sœurs, tiraillée entre son désir de liberté et l’espoir de partir aux Etats-Unis grâce à un mariage arrangé. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Nahla se rapproche alors de sa nouvelle voisine qui vient d’arriver dans l’immeuble pour ouvrir une maison close.

D’un côté elle aspire à quitter ce pays liberticide qu’elle n’aime pas mais dont elle voudrait « être nostalgique », de l’autre s’imagine faire dire à son amant imaginaire de ne pas partir. « Mon tissu préféré » explore dans un parallèle troublant l’aspiration à la liberté d’une femme attirée par le plaisir et d’une nation bousculée par le début d’un conflit meurtrier. Par le prisme de sa caméra, la réalisatrice attrape au vol cet instant fragile où l’événement survient, montrant ce que l’on n’avait plus l’habitude de voir : une Syrie « où la vie existe », figeant à rebours les minutes précédent le moment fatal.

Déjà, Nahla étouffe d’être confinée et contrainte. Elle refuse de fermer la fenêtre. La séquence d’ouverture transpire déjà le symptôme du conflit naissant, qui contamine par ailleurs tout le film. La caméra filme ainsi des espaces clos, d’un appartement à l’autre, de la boutique à la cabine d’essayage, enfermant un personnage constamment séduite par le hors champ et l’interdit. La cohabitation du vice et de la vertu se fait alors dans la subtilité de l’invisible et de l’irréel, où le fantasme n’a encore de limite que l’imaginaire

C’est l’idéal du rêve-refuge, quoique ses espoirs soyeux et sensitifs échouent pour se confronter à une réalité moins délicate, plus rugueuse. C’est l’insurrection, à la télé, qui semble loin mais qui menace. C’est l’insoumission de Nahla qui résiste aux exigences patriarcales d’un mariage arrangé. C’est le paradoxe étrange d’un personnage allégorique perdu entre son envie d’émancipation et sa dévotion au désir. Alors elle expérimente, découvre son corps et éprouve son propre rapport au monde. L’appartement mystérieux de sa voisine, aux multiples tentations sensorielles et à l’onirisme des portes closes, est d’une douceur alléchante, qui l’amène à s’évader par l’esprit et à ressentir, à travers les bruits, les mots et les ombres la jouissance qui pénètre imperceptiblement les murs.

Dans la lenteur et l’égarement, tissant ainsi sa sensualité dans l’étoffe de sa propre peau, plus Nahla comprend son désir, plus les cadres s’étirent. Ce n’est pas tout à fait un renoncement, mais la fin d’un passé et le début d’un nouveau présent. Et la caméra de cristalliser cette seconde subite où le changement advient : l’un dans l’apaisement gracieux d’être devenue femme et l’autre dans le chaos des bombes. Avec, la seconde d’après, la nostalgie inévitable d’un renversement irréversible…

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