cannes 2018/En bref

En bref : RAFIKI de Wanuri Kahiu

NOTE 3/5

À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kenyane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…

Il y a tant de fraîcheur dans ce tout premier film kenyan de l’histoire du Festival de Cannes ! Plans lumineux, musique entraînante, décors colorés, humeurs joyeuses : la construction de cet espace très artificiel est pour la cinéaste une façon d’offrir un refuge réconfortant, où panser les blessures d’une romance volée, d’une romance humiliée, d’une romance lynchée. Celle, doublement embarrassante, de deux jeunes « kenyanes typiques », par ailleurs filles des deux opposants politiques en pleine campagne électorale.

Derrière le filtre du bonheur instagram, où les artifices viennent lisser les défauts tout autant qu’ils permettent de se démarquer, « Rafiki » est d’abord l’histoire tragique d’un premier amour abîmé par l’interdit. Ou quand le désir fait naître de grands rêves (ceux de s’aimer pour toujours) que la réalité vient immédiatement anéantir. Battues, exorcisées puis éloignées : quoique parfois traité avec une tendre naïveté, le récit de cette relation maudite et incomprise réinvente le désespoir de deux Juliette africaines, terrassées par l’intolérance et le jugement. Au milieu de tant de violence, on se réjouit de retrouver quelques regards protecteurs et complices, qui surgissent là comme par enchantement. Impossible alors, lorsque ce père terriblement lucide et aimant console sa fille, de ne pas repenser à la clairvoyance paternelle de « Call me by your name« . On y reconnaît la même délicatesse, la même douceur, la même modernité. C’est certes servi avec beaucoup de classicisme et de candeur, mais avec une simplicité désarmante, Wanuri Kahiu nous donne le goût de l’enchantement et du plaisir, où la beauté plastique vient masquer la laideur de la cruauté. Émouvant.

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