cannes 2018/En bref

En bref : DONBASS de Sergei Loznitsa

NOTE 3/5

Dans le Donbass, région de l’est de l’Ukraine, une guerre hybride mêle conflit armé ouvert, crimes et saccages perpétrés par des gangs séparatistes. Dans le Donbass, la guerre s’appelle la paix, la propagande est érigée en vérité et la haine prétend être l’amour. Un périple à travers le Donbass, c’est un enchaînement d’aventures folles, dans lesquelles le grotesque et le tragique se mêlent comme la vie et la mort. Ce n’est pas un conte sur une région, un pays ou un système politique mais sur un monde perdu dans l’après-vérité et les fausses identités. Cela concerne chacun d’entre nous.

A travers ce film mosaïque décliné en douze saynètes absurdes et grotesques, Loznitza porte un œil critique quasi documentaire sur la schizophrénie d’une région déchirée par les conflits géopolitiques, à la frontière de l’Ukraine et de la Russie. Un seul fil rouge : la population locale, otage d’un système injuste et corrompu, forcément dysfonctionnel. Comme dans « Une femme douce », le film raconte la misère et le désespoir traînés comme des boulets, la lassitude et la résignation d’un peuple envers l’injustice, usé de lutter contre l’inévitable. Et, au milieu de cette foule fatiguée, des héros ordinaires s’élèvent et s’insurgent contre ces inégalités humiliantes, révoltantes. Ces gens portés par la colère et la rage ne se connaissent pas, mais tous ont en commun la nécessité de parler pour être – enfin – écoutés. Reconnus. Respectés. Le film les met ainsi en scène, dans un exercice oratoire presque révolutionnaire, dont le spectateur se fait forcément le témoin involontaire.

En forme de brûlot politique, le cinéaste témoigne avec hystérie et froideur de la folie des passions, et des relations méprisantes entre loyalistes et séparatistes. Il est ainsi toujours question de choisir son camp, de prendre parti, quand la caméra de Loznitza s’autorise à regarder de tous les côtés, puis, par l’artifice du montage, créer par effet de suture un ensemble, un tout, qui formera un film, une histoire. C’est cela, la beauté du cinéma : réunir à l’écran les irréconciliables. Outre sa grande violence verbale, physique et morale, « Donbass » n’est pas qu’un film déprimant et désolé. C’est, par la force du constat, brutal; mais intelligemment déjoué par un humour noir et glaçant, forcément cynique. Il y aussi de la liesse à Donbass, de l’amour (un mariage) et de la joie. Des sentiments discrets, rares, fracassants comme des obus dans le chaos. Un film sombre et douloureux certes, mais réussi !

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