En bref/Ovni cinématographique

En bref : TOUCH ME NOT d’Adina Pintilie

NOTE 2,5/5

Entre réalité et fiction, le film suit le parcours émotionnel de Laura, Tómas et Christian qui cherchent à apprivoiser leur intimité et leur sexualité. Espace de réflexion et de transformation, « Touch me not » s’attache à comprendre comment vivre l’intimité de manière totalement inattendue et comment aimer l’autre sans se perdre soi-même.

Des bouts de peau en très gros plans et le son saturé d’une respiration provoquent, à peine le film débuté, une curieuse réaction épidermique. Comme si, malgré l’intermédiaire de l’écran, cette proximité inattendue forçait soudain notre intimité de spectateur. Ce rapport au corps, à l’autre, et à soi-même, c’est précisément l’enjeu de ce projet hors-norme. Durant plus de deux heures, notre sensibilité est ainsi mise à l’épreuve, au même titre que celle des trois protagonistes, sortes de cobayes humains d’une expérience profondément troublante, et étonnamment séduisante.

La particularité du film est justement de ne répondre à aucun code, de ne cocher aucune case. Et pour brouiller les pistes un peu plus encore, la réalisatrice joue avec les vraisemblances et les réalités, engage des comédiens et des amateurs, simule leurs états d’âmes mais filme ouvertement leur sexualité… Le mode opératoire s’avère d’autant plus vicieux qu’il ne se refuse aucune limite et s’autorise toutes les fantaisies, confinant souvent au malaise. Il y a cette quinquagénaire répugnée par son propre corps disgracieux qui ne peut pas toucher les hommes elle-même mais prend du plaisir à les regarder, il y a cet homme attiré par de nouvelles expériences sadomasochistes, et cet handicapé au corps paralysé fier d’avoir un sexe « qui fonctionne très bien ». La rencontre avec ces gens si pudiquement impudiques, à la fois minés par des complexes physiques et psychologiques mais prêts à se livrer tout entier à ce laboratoire cinématographique, n’est pas immédiatement évidente. Comme eux et avec eux, nous apprenons à les connaître, à les apprivoiser, à les comprendre.

Cette approche littérale des images vers le spectateur, par des effets sensitifs de cadres serrés, de chair dénudée, de lenteur charnelle, de sons corporels, engendrent à la fois un rejet et un magnétisme surprenant. D’abord parce que le film révèle une grâce inespérée, contenue dans des instants étranges (un prostitué travesti au corps vieillissant figure d’érotisme, deux hommes qui se touchent le visage dans une séance de groupe et qui analysent leurs sensations, une femme enragée qui hurle sa colère et son désir…). Ensuite parce que l’esthétique glacée du film, drapé dans une lumière parfois clinique, annihile quelquefois l’effet saisissant de son procédé. Cela suppose aussi de nous renvoyer à nos propres réflexions (sur la naissance du désir, sur le rapport à la sexualité et à la psyché…), à travers des entretiens confessions où les personnages, chacun leur tour, décortiquent leurs émotions à la réalisatrice, présente comme une apparition, par le prisme d’un moniteur de caméra…

Quoiqu’il en soit, on peut regretter que cet exercice d’introspection collective s’étire inutilement; la redondance des séances thérapeutiques des uns et des autres étant à la fois source d’excitation et d’ennui. C’est abondant, expérimental, mais fascinant.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s