Choc cinématographique/En bref

En bref : AFTER MY DEATH de Kim Ui-seok

NOTE 3/5

La disparition soudaine d’une élève d’un lycée pour jeunes filles précipite la communauté scolaire dans le chaos. Famille de la victime, enseignants et élèves cherchent à fuir toute responsabilité, l’image de l’école étant en jeu. Pourtant, sans indice ni corps, on suspecte un suicide. Young-hee, l’une de ses camarades d’école, dernière à l’avoir vue vivante, est suspectée par tout le monde, à commencer par la mère de la victime. Bouc-émissaire idéal, Young-hee va chercher à n’importe quel prix à échapper à la spirale de persécutions qui l’accablent. Mais quel secret, quel pacte peut-elle bien cacher… ?

Des silhouettes anonymes filmées à contre-jour progressent en masse uniforme dans les couloirs d’une école. Elles sont d’un côté les protagonistes d’un fait-divers sordide, et de l’autre les figurantes d’un film où elles n’auront leur place que dans l’ombre d’elles-mêmes. Car cet ensemble reflète, d’une certaine manière, l’impossibilité de faire valoir leur propre individualité dans une enceinte par définition communautaire. L’idée du bloc cristallise ainsi les frustrations de l’adolescence : le besoin de reconnaissance, la jalousie, le voyeurisme… Sur fond de teen-revenge, « After my death » est donc d’abord une quête de soi, avant d’être une enquête policière.

Cette image indivisible du groupe se pose à contre-courant de toute procédure cohérente, faisant de la dernière personne à avoir vu la victime vivante la coupable idéale. De fait, plus le film s’acharne sur une piste, plus la réalité dévoile sa complexité. C’est mesurer soudain le poids d’une parole en l’air, et méprendre l’interprétation que feront les autres de ce que l’on peut dire. Entre mensonges, rumeurs et cruauté, les vices mêmes de « l’âge ingrat » deviennent les suspects abstraits d’une affaire insoluble.

D’ailleurs, les investigations connaissent ici leur limite. S’il est scientifiquement possible d’analyser les conditions de la mort, l’expliquer en revanche s’avère vain. D’abord parce que notre cerveau nous conditionne à chercher une cause forcément concrète, vérifiable. Or, c’est oublier que le mal-être adolescent n’a rien a priori ni de logique ni de raisonnable. Par son approche métaphysique et mystérieuse, on est souvent tenté de rechercher le moindre détail dans l’infinitésimal des situations, dans ce qui paraît trop ordinaire ou à l’inverse si peu banal. Il faut dire que le film s’applique à compliquer les choses, qu’il ne réduit jamais à leur simple état de fait, mais ajoute comme des nœuds sur le problème. L’originalité d’ « After my death » repose ainsi sur son parti-pris particulièrement ironique, s’appliquant justement à empêcher toute résolution du problème. On y trouve par exemple cette élève qu’on suspecte et qu’on refuse d’écouter, puis qui devient le centre de l’attention précisément lorsqu’elle perd l’usage de la parole (et ne peut donc plus s’exprimer); ou encore ce choix d’ouvrir un film sur le suicide en tuant par effet d’esthétique l’identité-même des personnages…

Ce besoin d’émerger de la masse est notamment remarquable dans la deuxième partie du film, où la coupable devient à son tour la victime – dans une grandiloquence horrifique qui témoigne d’un désir de spectaculaire. Comme la « preuve » de son énigme, le film réitère ainsi, à partir d’une culpabilité qu’on a involontairement fait peser sur quelqu’un, les mêmes gestes désespérés, la même mécanique immatérielle. Laissant paradoxalement son secret se fondre dans le probable d’une absence : celle, peut-être inutile ou essentielle, des images de vidéosurveillance d’un long tunnel silencieux, la nuit…

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