cannes 2018/En bref

En bref : YOMEDDINE de A.B Shawky

NOTE 3,5/5

Beshay, lépreux aujourd’hui guéri, n’avait jamais quitté depuis l’enfance sa léproserie, dans le désert égyptien. Après la disparition de son épouse, il décide pour la première fois de partir à la recherche de ses racines, ses pauvres possessions entassées sur une charrette tirée par son âne. Vite rejoint par un orphelin nubien qu’il a pris sous son aile, il va traverser l’Egypte et affronter ainsi le Monde avec ses maux et ses instants de grâce dans la quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité…

Voilà un film modeste mais attachant, sur la cruauté de la différence. Ou l’histoire bouleversante d’un lépreux voulant affirmer au monde son humanité. Pathétique et tire-larmes ? Non, tant ce conte égyptien d’une beauté étourdissante a la justesse de ne jamais jouer sur la corde sensible du misérabilisme outrancier. Beshay travaille sur les montagnes saturées d’une décharge à ciel ouvert, où il y récupère des objets à revendre. Dès les premiers plans, ces tas débordants font un contraste saisissant avec la pauvreté matérielle. Mais quelle richesse d’âme ! Vivant au sein d’une léproserie, ce personnage au corps déformé par les cicatrices de la maladie mène ici une existence banale, traité entre la rudesse et l’empathie d’un homme normal. Mais au décès de son épouse, le chagrin fait soudain surgir en lui une question existentielle : quelle trace laissera-t-il au monde à sa propre mort ?

C’est ainsi qu’il s’élance dans une fuite libératrice à la recherche de sa famille, rendue spectaculaire par la seule force de la musique qui l’accompagne et le transporte. Suivi dans son voyage par un jeune orphelin qui ne voit en lui que l’amour du père dont il manque, Obama, qui s’est donné le même nom « que le type à la télé » , porte sur cet homme abîmé un regard d’une splendeur incendiaire, dont les yeux font danser le reflet d’un héros ordinaire et fabuleux.

Il y a une force et une joie immenses dans ce film, en contrechamp d’une inhumanité parfois écœurante. Revisitant l’esprit d’ « Elephant Man », le film évoque évidemment la peur et le regard des gens, l’attitude dédaigneuse et grossière d’une foule effrayée par la dissemblance. Mais le cinéaste a la bonté de ne pas faire de son protagoniste un homme fragile. Beshay n’est pas seulement courageux : il est drôle, curieux et conscient. Sans céder au pathétique, le film démine ainsi le malaise par un relativisme intelligent : « je sais que je suis lépreux ». Il n’est pas question de pleurer sur son sort, pas question de s’apitoyer sur la maladie, mais au contraire de l’envie d’avancer, de l’acceptation de soi et d’indépendance. En fait, c’est le regard du spectateur qui est naturellement compatissant, mais « Yomeddine » transforme le pathos en sublime

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