cannes 2018/En bref

En bref : L’ANGE de Luis Ortega

NOTE 4,5/5

Buenos Aires, 1971. Carlitos est un adolescent de 17 ans au visage d’ange à qui personne ne résiste. Ce qu’il veut il l’obtient. Au lycée, sa route croise celle de Ramon. Ensemble ils forment un duo trouble au charme vénéneux. Ils s’engagent sur un chemin fait de vols, de mensonges où tuer devient bientôt une façon de s’exprimer…

Dans le Buenos Aires des années 70, le film suit le parcours meurtrier d’une gueule d’ange vénéneuse et amorale, condamnée en 1980 à la perpétuité. Filmé comme une figure magnétique et ténébreuse, le cinéaste ne fait pas seulement le portrait scandaleux d’un psychopathe délicat et élégant, mais propose d’abord une expérience pop et sensorielle où la possibilité de donner la mort serait aussi enivrante que monstrueuse. D’ailleurs, ce qui anime Carlos, 17 ans, n’est pas tant le plaisir malsain de la torture, mais plutôt le pouvoir absolu et étourdissant de tirer, avec l’immaturité capricieuse d’un enfant gâté, vexé de se faire réprimander.

D’abord voleur, de voitures, de motos, de bijoux ou de vinyles qu’il dérobe dans les belles demeures de son voisinage, Carlos méprise d’une certaine manière ceux qui ont tout, parce que ses parents de classe moyenne sont des gens droits, économes et emplis de principes incorruptibles. Aussi lorsqu’il rencontre Ramon, fils d’un cambrioleur, l’adoption par cette nouvelle famille exempte de toute limite et de censure, est immédiate, fusionnelle.

Il y a quelque chose de l’ordre de la fascination qui s’opère lorsque le film montre la transition de Carlos, du garçon désobéissant au démon insensible, de plus en plus avide de posséder (la richesse, la vie, la mort, l’amour…). La dangerosité se répand ainsi comme une maladie progressive et inévitable, dans un vertige de sensualité morbide traversé de douceurs et de fulgurances. A la fois libre et indépendant, « l’ange » redevient pourtant, parfois, l’enfant versatile de ses parents, dans les yeux desquels il recherche sans cesse la fierté et l’amour. C’est toute la complexité de ce personnage, d’un côté totalement haïssable et de l’autre profondément attendrissant. La caméra de Luis Ortega vient saisir comme jamais ces contrastes indéfinissables pour les confronter à l’image : sa bouche pulpeuse d’une volupté inouïe, son corps mouvant et érotique en train de danser, son regard maudit et pénétrant…

Film terrifiant de beauté et de charme, « L’ange » ressuscite d’une certaine manière l’esprit sulfureux et criminel d’ « Orange mécanique », d’un héros torturé par l’émotion d’une belle musique et d’une cupidité irrationnelle. Sauf que dans la version argentine, l’affection et l’hypnotisme que provoque ce diable angélique ont la grâce confuse et envoûtante de l’admiration. Troublant et prodigieux !

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