Ovni cinématographique

UNE JEUNESSE DORÉE de Eva Ionesco

NOTE 1,5/5

Paris 1979, au cœur des années Palace. Haut lieu de la nuit où se retrouvent artistes, créatures et personnalités, guidés par une envie de liberté. Rose, une jeune fille de 16 ans issue de la DASS, et son fiancé Michel, 22 ans, jeune peintre désargenté, vivent leur première grande et innocente histoire d’amour. De fêtes en fêtes, ils vivent au jour le jour, au gré des rencontres improbables de la nuit. Lors d’une soirée, Rose et Michel font la connaissance de Lucille et Hubert, de riches oisifs, qui vont les prendre sous leur aile et bousculer leur existence.

Sur le papier, « Une jeunesse dorée » promettait d’être le film le plus sulfureux de ce début d’année. Inspiré du passé de sa réalisatrice, il réunissait tous les ingrédients du drame parfait : une relation transgressive, des personnages extravagants, un univers festif et outrancier. Si cette débauche orchestrée accouche in fine de situations grotesques, il apparaît évident que la réplique la plus sensée du film, lorsque Lucille (Isabelle Huppert) demande à Rose (Galatéa Bellugi) pourquoi est-ce qu’elle n’a pas décidé de quitter cette galère plus tôt, s’avère particulièrement légitime. Dommage, simplement, que cette lucidité intervienne si tard dans le film, tant tout, dans ce conte punk, semblait clocher depuis le début. Nous espérions naturellement quelque chose de cynique, peut-être parce que la teneur de cette interdépendance dangereuse entre les personnages appelait la cruauté. Or, le résultat se révèle d’une vacuité – pour le coup – scandaleuse.

Difficile en effet de croire à la vraisemblance d’une figure juvénile devenue femme fatale seulement par le truchement du maquillage. Déjà parce que son visage boudeur et ses colères capricieuses annihilent tout effort de sensualité ; déshabillant immédiatement son allure de pin-up pour ne refléter plus que sa posture immature. C’est là que la reconstitution du désir obscène se confronte à ses propres limites, lorsqu’à la provocation et à la séduction Rose répond par le dégoût ou la contrainte – mais jamais par plaisir pur. La désinvolture de cette jeunesse dorée manque ainsi de conviction et de volonté, pour incarner pleinement la perversité à laquelle elle prétend s’adonner.

Il paraît que les désespérés sont fait pour se retrouver, et les amoureux pour se perdre. C’est cette trajectoire curieusement banale que poursuit le film, en construisant un étrange « quouple » à quatre, fait de vieux libidineux assoiffés de jeunesse et de novices arrivistes. Si en cet endroit le film aurait pu déployer l’immoralité manifeste qu’il recherchait, rien ne paraît pourtant plus artificiel que leur stratégie d’abus mutuel consenti, et néanmoins jamais assumé. L’initiation, alors, prend des allures de cour de récré, où l’on se drogue, boit, baise et court, en fourrure dans les jardins, mais échouant à instaurer une véritable atmosphère malsaine, fleurant ou le scandale glamour ou le glauque traumatisant.

Une telle représentation de la démesure laisse songeur. Chez Larry Clark pourtant, Lukas Ionesco faisait au moins preuve de détermination lorsqu’il repoussait, sans état d’âme, toutes les limites de l’acceptable. Et on a déjà vu Isabelle Huppert plus indécente, chez Haneke, Verhoeven ou Honoré, qu’attenter à la pureté d’une jeune fille en lui volant un simple baiser… Ces jeux d’enfants, presque pudiques par rapport à ce que cette relation laissait supposer, donnent le plus souvent à cette interprétation du scandale un goût de pathétique et de ridicule (Rose jalouse qui pousse Lucille avant qu’elle ne fasse mine de s’évanouir, Michel qui se jette aux pieds de Lucille en artiste névrosé…). A ce drame de chambre s’opposent heureusement quelques moments de grâce, qui se vivent sur fond de « Video killed the radio star » à l’occasion de scènes de fête savoureuses, où cette jeunesse dorée prend enfin toute sa consistance et son ampleur… C’est peu, mais c’est déjà ça.

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