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En bref : LES ÉTERNELS de Jia Zhangke

NOTE 3,5/5

En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

Peut-on aimer pour toujours ? Entre grandeur et décadence, « Les Éternels » explore la trahison et la résilience à travers le portrait intime d’une femme trahie, refusant néanmoins de renoncer à l’absolu de l’amour. Deux heures et demie plongées dans une lumière incroyable suffisent pour déployer ainsi 15 ans de vie, portée par une idylle d’une rareté purement cinématographique, et une loyauté à un ancien chef de la pègre locale, dont elle admirait la puissance et la réussite.

Or, ce groupe de « frères » , dont les membres partagent rituels et amitié s’avère évidemment illusoire. D’abord parce que l’atmosphère faussement joyeuse qui y règne est aussi aisément explosive, ensuite parce que cette fougue est surtout l’expression d’une jalousie paresseuse : la distraction, l’amusement et la léthargie ont hélas remplacé la grandeur, la rigueur et la ruse. Aussi, lorsque la nouvelle génération vient défier le vieux gang et menacer la vie de son leader, la cohésion du clan semble déjà ne plus exister. Sauf, peut-être, pour celle qui avait encore la folie d’y croire : il aura suffit d’un coup tiré comme un élan spontané de courage et d’amour, qui, en voulant sauver sa moitié, l’en éloigne inévitablement.

Aussi tragique cette romance soit-elle, le film ne s’attache guère aux questions de sentimentalité légère et naïve. En ce sens, l’amour n’a rien ni de parfait ni de tranquille, mais devient au contraire le vecteur inattendu d’un sentiment de vengeance et de détermination; dernier vestige d’un code d’honneur souvent loué, mais lâchement oublié. Or ce principe moral, pour cette fille de mineur étrangère au milieu, constituait justement la part du rêve de vie idéale que le couple dominait, « envers et contre tous ». C’est là que le film est symbolique : cette traque amoureuse fait aussi écho à la fidélité clanique, créant ici un parallèle vertigineux avec le fantasme d’une harmonie durable, éternelle.

Des années plus tard, que reste-t-il d’amour et de fraternité ? Les sentiments des uns se sont dissolus dans le flot mouvant de la vie, volages et évanescents, tandis que ceux de Qiao ont grandi avec le temps – prisonniers d’une indéfectible confiance. Le monde et la Chine ont changé, ceux qu’elle a connu ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, dansant dans le souvenir du passé. Celui qu’elle aime, surtout, n’a plus la prestance flamboyante d’autrefois, étrangement devenu un homme ordinaire. « Les Éternels », malgré la longueur et l’âpreté de son récit, résonne mieux dans son titre original « Ash is purest white », où une femme renaît de ses cendres. Car c’est précisément cette reconstruction qui est magnifique et bouleversante, d’une femme abandonnée dont on suit la sidération, le courage et la métamorphose, prête à tout pour contraindre les retrouvailles avec celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Magistral.

Une réflexion sur “En bref : LES ÉTERNELS de Jia Zhangke

  1. Bonjour,
    Ce film m’a été conseillé par un ami. Normalement, je n’aime pas tellement les longs-métrages internationaux, mais depuis que j’ai vu celui-ci, j’en regarde d’autres dans la catégorie « Cinéma international » sur l’appli suivante : https://play.google.com/store/apps/details?id=com.virgoplay.v3.playvodmax&hl=fr . Sinon j’ai trouvé qu’il y avait une très belle mise en scène dans la fiction « Les éternels ». Je mettrais 4/5.

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