Cinéma vérité/En bref

En bref : ON MENT TOUJOURS A CEUX QU’ON AIME de Sandrine Dumas

NOTE 2,5/5

Après avoir sabordé sa carrière de chanteuse, Jewell Stone vit à Paris d’un boulot de serveuse. Marie, sa grand-mère et unique famille, qui vit dans le Vermont, USA, débarque du jour au lendemain pour la voir. Mais comment l’accueillir quand Jewell lui raconte depuis si longtemps des bobards sur sa vie, son travail et ses amours ? D’une lettre à l’autre, elle s’est inventée une carrière qui marche, une vie avec Paul, et même une fille, Ruby. Mais comme dit un proverbe italien, le mensonge a les jambes courtes !

L’échappée belle de Sandrine Dumas vaut d’abord pour l’humilité de son espièglerie joyeuse. Foutraque et fantaisiste, c’est sa simplicité qui fait sa beauté : quel plaisir de regarder évoluer cette tribu d’acteurs, eux-mêmes occupés à jouer la comédie dans la comédie. Faut-il se perdre, pour mieux se retrouver ? Sans prétention ni artifice, le film raconte avec indulgence le charme du mensonge. Celui qui surgit par pudeur, tantôt simulacre délicieux d’une réalité alternative, tantôt liberté inconséquente du songe, et que l’on s’approprie volontiers avec gaucherie et tendresse…

Traitée avec légèreté, la liberté de ses personnages questionne néanmoins des sujets sérieux. Car mentir, c’est d’abord une ruse pour camoufler la honte et la déroute, la tentation commode d’esquiver l’échec. En ce sens, le film n’est que la conséquence de l’inventivité de ses personnages. Sa manière astucieuse de surmonter la désillusion suit des idées dérisoires, mais efficaces pour satisfaire les besoins d’une vérité plus confortable. Comme il est facile d’emprunter un nom de pierre précieuse (Jewell) pour conjurer la débâcle d’une vie rêvée, et irradier quand même de façon solaire. Au point que, parfois, la vraisemblance et la vérité fusionnent, donnant lieu à des coïncidences stupéfiantes ; d’une fillette appelée Ruby, qui existe simultanément dans la fiction et dans la vraie vie.

Si cette traversée n’échappe pas à la dimension réparatrice qu’elle appelle, sa trajectoire a au moins l’audace de contourner le miracle pour l’itinéraire bis. Ce qui heureusement n’empêche ni des rapprochements réussis ni des séparations douloureuses, mais évite judicieusement le piège d’une fable tiède et fastidieuse. On se réjouit tout compte fait d’une multitude d’événements insignifiants et ordinaires, beaucoup plus émouvants et sincères qu’un moment de grâce usurpé et totalement artificiel (une danse dans un fast food). Quoique la vérité mérite-telle toujours de triompher ? Au fond, l’illusion peut aussi convoquer la bienveillance, pour ménager par exemple la fierté d’une grand-mère adorable dont l’enchantement suffit à nous cueillir… Tendre et généreux.

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