En bref/Ovni cinématographique

En bref : LA FLOR parties 3 & 4 de Mariano Llinás

NOTE 4/5

Ma critique des parties 1 et 2 est à lire ici 

L’ambition créative de « La Flor » était déjà établie dès les premiers épisodes. Mais peut-être n’avions nous pas tout à fait compris, à cet instant, l’ampleur généreuse et foisonnante du projet. Il ne s’agit pas de saluer ce film-performance pour sa durée hors-norme ou par snobisme cinéphile, mais plutôt d’en saisir l’élan. Dans une industrie formatée, étirer autant la matière film, travailler sa texture, ses ressorts et ses limites, est une intention forcément audacieuse. Attention, qualifier « La Flor » de remarquable n’induit pas une perfection totale. Seulement, en 14 heures, 6 épisodes et 4 parties d’un même ensemble, quelques décrochages apparaissent finalement bien dérisoires, au regard de son abondance.

D’ailleurs, ce que le film donne est assez inutile à intellectualiser, puisque sa recherche formelle et son rapport créatif n’ont rien de rationnel et s’apparentent à la technique du « cadavre exquis » . Cette liberté offre davantage de poésie à la fiction, qui ne repose plus uniquement sur l’épaisseur psychologique de ses personnages, mais se concentre sur l’évolution des strates métaphoriques et planantes d’un film en lévitation

De mon point de vue, la partie 3 est sans doute la plus réussie, encapsulant la fin de l’épisode 3 et le début de l’épisode 4. D’une part parce qu’on commence enfin à sentir poindre une forme de métamorphose du film, de plus en plus mis en relief de sa propre structure. Le spectateur sait bien que l’histoire qu’on lui raconte n’a aucun sens, il se laisse pourtant volontiers porter par la trajectoire surréaliste de ces drôles d’espionnes, atteignant quasiment une forme de sublime, lorsque le film quitte terre pour s’engouffrer toujours plus loin dans l’excès, et jouer de ses propres hallucinations.

Difficile de traduire par des mots l’humour et la finesse d’analyse de ce film, parfois foutraque et difforme, mais capable de beaucoup de distanciation et d’intelligence. On y pense par exemple au commencement de l’épisode 4, où la lassitude des actrices, alors que les équipes célèbrent la longévité d’un tournage encore inachevé (7 ans), résonne à la fois dans la fiction et dans le réel… Bien qu’inégal, « La Flor » s’effeuille avec patience. Il en faut pour arriver au terme ! Et, lorsque survient ce moment étrange où il faut se résoudre à se quitter après 14 heures de film, on se surprend à tenter vainement de reculer l’échéance, à la faveur d’un générique interminable tourné caméra renversée, dont l’inversion de la terre et du ciel à l’image dit tout de la facétie simple et délicate du projet.

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