Ovni cinématographique

BLANCHE COMME NEIGE d’Anne Fontaine

NOTE 2/5

Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants… Un, deux, et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme ! Pour elle, c’est le début d’une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale…

Bonne nouvelle. Vincent Macaigne est toujours aussi hilarant, Lou de Laâge est d’une sensualité renversante et Isabelle Huppert est de retour dans un rôle sur-mesure de maquerelle cruelle et sulfureuse réjouissant, loin des gesticulations loufoques et gênantes qu’elle nous avait successivement livré dans « Eva » et « Une jeunesse dorée » .

Hélas, une fois le plaisir du casting évoqué, le film s’avère relativement peu séducteur. Côté décors, les plans larges sur la forêt brumeuse et la montagne imposante avaient de quoi nourrir un scénario purement fantastique et inquiétant. Mais les références maladroites aux figures du conte originel (les nains… de jardin!, le miroir, la pomme, les animaux sauvages…) interviennent comme des apparitions ridicules. Dommage, car l’indication du titre suffisait à faire le parallèle avec Blanche-Neige, sans avoir besoin d’en rajouter des tonnes en chargeant chaque scène de sur-signification inutile. Seule l’omniprésence du rouge et du blanc, à la fois signes de pureté et de danger, participent à l’ambiance menaçante du film.

La réinterprétation du récit, désormais basé sur la libération sexuelle de son héroïne, est une trajectoire intéressante. Claire, jeune femme réservée, découvre soudain les pulsions du désir, au point d’en faire une consommation excessive. Or, au lieu d’en faire une quête raisonnée vers les confins de la jouissance, les spécimens qu’elle rencontre offrent une image risible de la masculinité. Jouant sur l’inversion du « sexe faible », les hommes qu’elle attire se révèlent tour à tour peureux, timides, hypocondriaques, sensibles ou frustrés. Cette image de femme fatale renvoie aussi à la perte de la désirabilité, comme un besoin urgent d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard : illustration du personnage de Maud, dont la beauté est éclipsée par celle, plus fraîche, de sa belle-fille.

Peu importe au fond que le film soit à la fois féministe, et paradoxalement à contre-courant – exagérant à ce point l’attrait sensuel de Claire, qu’elle finit par tomber dans le piège de la femme-objet du désir des hommes, plus que de son propre plaisir. C’est particulièrement flagrant lorsqu’elle se rend compte que le mauvais jumeau s’est fait passer pour son frère pour obtenir, lui aussi, sa part du gâteau, et qu’elle préfère en rire (alors qu’il s’agit d’un abus), ou que le libraire cochon hésite entre laisser le champs libre à son fils ou céder à son tour à la tentation. Ces entrelacs familiaux, outre leur aspect malsain (mais le cinéma n’est pas fait pour être moral), sont surtout embarrassants. A ce point que la direction empruntée par le film est quelquefois surprenante, sans qu’on en saisisse toujours ni le sens ni l’objectif. De sagesse, le film s’en fiche, préférant à la bienséance le heurt, comme Claire provoque le prêtre auquel elle confesse toutes ses expériences libidineuses; avec la malice de celle qui blasphème – audacieuse et grossière, lorsqu’elle lui déclare que le désir, c’est la vie (alors même qu’il n’a jamais dû y goûter).

Déroutant, « Blanche comme neige » n’est pas dépourvu de quelques scènes savoureuses, notamment lorsque se retrouvent mère et fille. Dommage que l’esthétique soignée du film soit subitement gâchée par un final vulgaire et grotesque, comme l’était l’explosion de gaz dans « La dernière folie de Claire Darling » récemment, ou la femme de feu de « Madame Hyde ». Une conclusion malheureuse qui dit tout du manque de fantaisie et d’invention de ce conte prometteur mais décevant…

Publicités

Une réflexion sur “BLANCHE COMME NEIGE d’Anne Fontaine

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s