cannes 2019

Cannes, jour 2 : Douleur & gloire, Le lac aux oies sauvages, Vivarium

DOULEUR & GLOIRE de Pedro Almodovar – Compétition officielle

La douceur du passé contre la crainte de l’avenir… Pedro Almodovar livre ses états d’âmes dans un film très personnel, où l’incarnation d’Antonio Banderas en cinéaste tourmenté touche directement à l’émotion. La circulation des souvenirs à travers l’écriture pour espérer les faire revivre n’a rien de nouveau, hormis la beauté des fantômes qui hantent son oeuvre. En cela, le dernier plan donne à la fois son charme et son impulsion au film, embrassant dans un même geste la mémoire et sa reconstitution. « Douleur & Gloire » n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il s’attache à la beauté du détail, de femmes qui chantent au bord de l’eau ou d’un enfant qui s’évanouit de désir, évacuant avec légèreté toute la pesanteur du présent…

LE LAC AUX OIES SAUVAGES de Diao Yinan – Compétition officielle

Un malfrat recherché par ses ennemis imagine une combine pour les arnaquer. Ce polar à l’esthétique typiquement chinoise (ambiance nocturne, épopée sentimentale, pluie battante, intrigue labyrinthique) est un bijou de mise en scène. Malgré sa violence latente, cette traque vengeresse est aussi sublime qu’un ballet, filmant les corps à corps avec une volupté inattendue. On le remarque dès la première scène, où des affrontements éclatent entre familles de voleurs, lorsque la caméra scrute les détails des corps en lutte. Une autre attaque plus tard, avec un parapluie, dit toute la sensualité du film, qui contrebalance le dégoût des meurtres sanglant, les détourne et les magnifie

VIVARIUM de Lorcan Finnegan – Semaine de la critique

Un jeune couple qui cherche à acheter se retrouve pris au piège dans le lotissement qu’ils visitent. A partir de ce cauchemar existant, où des maisons toutes semblables se démultiplient sur des rues entières, le film tire une fable terrifiante sur le cliché de la vie idéale. Forcé à élever un enfant livré dans un carton, « Vivarium » imagine pour ce couple une expérience sociale étonnante. Parents de substitution d’un être-mutant, bizarre et sur-évolué, le film analyse la conscience morale contradictoire entre rejet et protection, qui rappelle celui de « AI : Intelligence artificielle » de Spielberg. Faut-il accepter de s’occuper de cette « chose » ou l’abandonner ? A la fois claustrophobique (on ne peut pas sortir du lotissement) et infini (les rues semblent interminables), l’univers reconstitué est mystérieux de perfection, jusqu’aux nuages dans un ciel bleu. Formellement réussi, la bonne idée du film est d’imbriquer la science-fiction dans un quotidien banal, proche de notre réalité. Mais c’est aussi sa limite. En renonçant à toute rationalité dans son dénouement, le film évite certes l’écueil de la leçon de morale, mais se prive dans le même temps d’un final plus spectaculaire. Frustrant.

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