cannes 2019

Cannes, jour 3 : Les plus belles années d’une vie, Portrait de la jeune fille en feu

LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE de Claude Lelouch – Hors compétition

Ils ne se sont pas revus depuis 50 ans. Anne et Jean-Louis ont vécu l’un sans l’autre, et se retrouvent affaiblis par l’âge et la vie. L’idée des retrouvailles est évidemment réjouissante, mais réduire ces personnages à leur vieillesse ne leur rend pas justice. Dans « Un homme et une femme », la séduction affleure au moindre plan ; mais elle n’est pas que physique, ce sont aussi de sublimes déclarations – secrètes ou avouées – qui participent à la beauté de l’idylle. La plus belle scène du film d’ailleurs n’est pas celle où les amants se jettent dans les bras l’un de l’autre, mais se situe justement en équilibre, sur le fil du songe et du doute, lorsque Jean-Louis, dans sa voiture, fonce rejoindre Anne, après qu’elle lui a envoyé un furtif « je vous aime » par télégramme. C’était le romantisme à son apogée. Des années plus tard, les revoir en EHPAD faire des selfies manque cruellement de charme. Surtout, le film se repose trop les souvenirs, cherchant seulement à convoquer le désir du passé sans parvenir ni à le renouveler ni à le reproduire. Fallait-il à ce point rompre avec toute poésie jusqu’à des dialogues d’une tristesse terre-à-terre ? Inutile et sans grâce, hormis dans ses flash-back nostalgiques du film d’origine.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU de Céline Sciamma – Compétition officielle

Marianne doit peindre en secret le portrait d’Héloïse, qui refuse de poser car la toile est destinée au futur époux que sa mère lui impose. Derrière la gravité, la sensibilité. Sans précipitation ni spectaculaire, le film s’applique à tracer les courbes du désir, avec patience et délicatesse. Subtile aussi, car sous ses allures d’époque, avec ses costumes du XVIIIème siècle, le « Portrait de la jeune fille en feu » se révèle d’une liberté et d’une modernité incandescentes. Le choix de la lenteur sert l’œuvre – le film et la peinture – qui progresse par étapes : l’observation, la curiosité, le trouble, l’attirance puis l’amour. Dans les deux cas, le temps qui passe est à la fois égrainé et cristallisé à travers l’évolution du portrait, sans cesse corrigé et recommencé, rejoignant l’évolution des sentiments. N’y a-t-il rien de plus doux que l’évidence entre ces deux femmes, où tout semble à la fois inévitable et naturel ? Ni scandaleuse ni révolutionnaire, la romance homosexuelle est traitée avec la simplicité de l’émotion, sans chercher à la rendre symbolique. C’est précisément cela qui est magnifique : ne pas sur-signifier la singularité de la relation pour ne viser que l’universel. Moderne dans sa manière féministe d’exister (car le film évoque aussi les tourments féminins plus largement, de l’avortement au mariage arrangé), brûlant dans sa manière romantique de se déclarer : ce dernier plan sur le visage d’Adèle Haenel, déformé par l’ivresse de l’émotion, est d’une beauté incendiaire.

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