cannes 2019

Cannes, jour 5 : La belle époque, Parasite (Palme d’or)

LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos – Hors compétition

Fraîchement séparé, Victor fait appel à une société spécialiste des reconstitutions historiques pour revivre sa rencontre avec sa femme. La qualité des décors est impressionnante, même les acteurs semblent plus vrais que nature : nous voilà replongés dans les années 70, là où, 40 ans plus tôt, un homme et une femme allaient tomber amoureux. Mais passé le frisson du souvenir, peut-on faire renaître la passion des sentiments ? Je n’imaginais pas apprécier autant me perdre dans les temporalités de cette comédie flamboyante, où l’émotion circule entre les époques et les personnages avec l’élan sincère d’une première fois. Servi par une finesse d’écriture et un humour efficace, le film décloisonne les années, s’amuse des changements d’époques et des nouvelles technologies, avec la mièvrerie charmante de l’amour – inchangée en tous temps.

PARASITE de Bong Joon Ho – PALME D’OR – Compétition officielle

Tous les membres d’une famille pauvre rusent pour se faire engager chez une famille riche. C’est le début d’une arnaque incontrôlable. Difficile d’en dire plus sans risquer de déflorer le sujet, tant les ressorts burlesques et dramatiques servent les enjeux du film. En déterminant les rapports de classe à travers une double lecture à la fois littérale (les misérables vivent en sous-sol, encore plus bas que terre, quand à l’inverse il faut grimper des escaliers pour accéder à la villa des fortunés, imposante et volumineuse) et métaphorique (l’odeur de la pauvreté), le film a l’intelligence de jouer sur l’évidence pour mieux ménager l’effet de surprise. Ce n’est pas qu’une simple opposition binaire, avec des gentils et des méchants, mais une vision contrastée et réaliste du mécanisme social, hypocrite et individualiste. En ce sens son intuition est toujours juste, feignant d’aller où on l’attend, puis bifurquant soudain vers des pistes nouvelles qu’on ne soupçonnait même pas. C’est la belle idée de « Parasite », qui assume son sujet sans s’encombrer de misérabilisme, avec l’indignation du film social, l’inventivité du film de genre et l’audace de la satire. De ce point de vue, l’outrance des caricatures et l’évolution des arcs narratifs me rappellent évidemment l’absurdité cocasse de Yorgos Lanthimos que j’affectionne tant. Et si cette variation coréenne a les vertus d’un chef d’œuvre, c’est que la menace progressive qui s’y développe n’est pas seulement la somme d’une addition de situations remarquables, mais le résultat d’un formidable projet de mise en scène, élaboré, subtil, dosé et efficace, capable de transformer des détails domestiques en événements spectaculaires ; et dont la maîtrise visuelle répond à la tension ambiante. Virtuose et acéré. Au-delà d’une Palme d’or, un coup de cœur.

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