Choc cinématographique

CONSÉQUENCES de Darko Stante

NOTE 3/5

A 17 ans, Andrej est placé dans un centre de détention pour jeunes. Il y intègre un groupe de délinquants avec lesquels il se perd dans la drogue et la violence. Mais bientôt les désirs d’Andrej le rattrapent. Démasqué, il va devoir faire un choix pour rester fidèle à lui-même…

Enrobé d’un style ultra-naturaliste, opérant un montage sec, ce film slovène ne s’embarrasse pas d’esthétique superflue pour aborder les tourments existentiels de la jeunesse. Cette aridité narrative, le cinéaste en fait d’ailleurs la matière première de son récit, illustration formelle du mal-être intime de ses personnages. Pourquoi tant de haine ? Au fond, d’où qu’elle provienne, la violence trouve toujours des origines semblables : sociale, psychologique, intérieure. Pour autant, réduire le film à sa forme serait injuste, tant son projet vise au-delà.

En dépit des apparences, « Conséquences » n’est pas tant un drame social sur une situation particulière qu’un récit d’apprentissage, même s’il s’agit d’être radical. En ce sens, l’introduction expéditive ne doit servir qu’à poser un contexte familial, mais s’applique dans le même temps à fuir toutes considérations sociales inutiles ou lourdeurs explicatives. Cela ne peut rendre le film que meilleur : peu importe leur vécu, leur parcours, leurs bagages. Dépourvu d’un certain misérabilisme (le personnage vit avec ses deux parents de classe moyenne, dans une maison confortable), même si on devine leur détresse, cette dissimulation permet aussi au film de se déployer autour d’un enjeu plus universel : l’émancipation.

De cet équilibre fragile surgit une certaine ambiguïté, essence même du film, qui s’efforce de cultiver l’art d’associer les paradoxes. De ce point de vue, ce teen movie énervé diffuse un sentiment trouble de malaise et de douceur. La contradiction inonde partout : c’est refuser la trahison de ses parents mais accepter de trahir à son tour, rejeter la cellule familiale mais avoir besoin d’amour, envier la classe aisée mais voler la classe moyenne… Andrej est à la fois l’incarnation du sauvage et du gentil : il est extrême, déterminé, mais il est aussi dévoué, idéaliste, capable de sentiments et d’empathie. C’est une brute et un enfant, inquiet pour son animal de compagnie, qui s’endort encore dans des draps colorés d’adolescent, et qui s’oppose à ses parents avec l’élan colérique du dégoût. Pour autant c’est un garçon en manque d’affection, qui recherche le contact sous toutes ses formes : amical, conflictuel, sexuel. Difficile, alors, de le détester, même s’il nous fait peur. Sa fragilité, son dévouement, sa sincérité émeuvent et contrastent avec l’atrocité de son aveuglement. Par admiration pour le chef de la bande, il dépouille, cogne, défigure, bon gré mal gré, abusé par la promesse d’un terrible mensonge… A l’inverse, lorsque, prêt à retrouver les siens, Andrej se fait repousser à son tour, la fugacité du dialogue ajoute un déchirement supplémentaire. Probablement l’événement le plus douloureux du film, d’un fils confronté à l’intolérance de son père.

Entre manipulations, trahisons et frustrations, les « conséquences » au pluriel du titre semblent pouvoir survenir de partout. Plus le personnage obéit à la spirale excessive qui l’aspire, plus on craint ses longues errances solitaires; comme si, filmé en plan large ou en plan serré, une vengeance menaçait. Il y a pourtant une part de dérisoire dans ces provocations délinquantes, où on s’affronte pour quelques euros. Dans ce centre de détention où règne la loi de la jungle, l’absence d’horizon reflète l’inquiétante impuissance des éducateurs, qui ramène à celle des parents, et renverse le rapport de force. L’intervention récurrente de la police comme réponse à toutes situations résume l’échec de l’autorité, comme de tout effort psychologique. De là à y voir la scission entre le progressisme à la marge de la capitale slovène contre le conservatisme qui traverse le reste du pays…

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