Ovni cinématographique

KNIVES AND SKIN de Jennifer Reeder

NOTE 2,5/5

Suite à un rendez-vous nocturne, Carolyn Harper ne réapparaît pas chez elle dans sa petite ville bien tranquille de l’Illinois. Sa mère, qui dirige la chorale du lycée, est dévastée. Mais ses appels à l’aide ne sont entendus que par trois adolescentes et leurs familles, touchées par l’indifférence de la communauté – comme si cette jeune fille n’avait jamais compté. Une solidarité nouvelle va naître entre elles et les aider à surmonter le malaise que cette disparition révèle.

Il y a quelque chose de très primaire dans cette expérience sensorielle, faite de chairs, de fluides et de textures. Mais la proposition la plus originale de « Knives and skin » est de se moquer totalement de la trajectoire, pour se perdre avec plaisir et sidération dans les limbes d’un monde pervers, machiste et détraqué, en proie au réveil féministe d’une horde d’adolescentes. A partir de là, que tout sonne faux n’a aucune importance ; c’est même son parti-pris. Comment un film à l’esthétique aussi artificielle et stylisée pourrait-il rechercher la vérité ? D’ailleurs, la disparition de Carolyn Harper n’est que le point de départ d’une enquête plus conceptuelle, plus symbolique.

Sur le fond la question du consentement est forte, pourtant sur la forme, l’intrigue, ténue, ne tient qu’au travail atmosphérique pop et moite, où les décors semblent plus importants que l’histoire elle-même. Or, si le scénario se limite à sa seule bizarrerie, sa manière étrange de ménager suspense, mystère et fausses pistes produit au moins une sensation inédite, qui tient autant du malaise que du plaisir. Objet filmique non identifié, peuplé d’absurdité et de mensonges, il faut dire que « Knives and skin » a de quoi dérouter.

D’un côté, ce geste imprécis donne son relief au film, de l’autre, son désir d’anticonformisme est sapé par sa galerie de marginaux qui ressemblent à des portraits-types. Cette dépression collective, où les adultes sont résignés et les jeunes désenchantés contamine en partie la magie du film. Les références sont trop incarnées, trop littérales, empêchant ainsi le vrai charme d’opérer. Même sa part de fantastique est enlevée par un clown ! Fétichiste, Jennifer Reeder use et abuse de métaphores et de motifs récurrents, qui viennent imager ce drame nocturne à tout bout de champ (les références au sang et aux fluides en général, à l’ambivalence des personnages et à la sexualité) mais manquent de liant et de substance. C’est dommage, il y a de belles idées et il serait injuste de considérer le film dans sa masse. Pourtant par effet d’accumulation, l’ensemble paraît superficiel, sans profondeur ni supplément d’âme.

« Knives and skin » se résume aussi à quelques plans remarquables, d’une main qui brandit un couteau ou des visages d’amoureuses en surimpression. La preuve que les apparences sont trompeuses… Un cauchemar vénéneux, séduisant, mais mal maîtrisé. Dans le genre, le « Fantastic birthday » de Rosemary Myers avait un goût plus inquiétant et singulier.

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