Cinéma vérité

PARK de Sofia Exarchou

NOTE 2,5/5

Le village Olympique d’Athènes, dix ans après les Jeux. Des jeunes désoeuvrés, des athlètes à la retraite blessés et des chiens sans maître errent entre les ruines et les arènes sportives à l’abandon.

Que reste-t-il ici de solaire, sinon une douce lumière diffuse venue inonder les ruines d’un stade olympique ? Dernière masse mouvante et organique à pénétrer les entrailles d’un centre du monde « d’avant » – désormais dépeuplé de ses supporteurs -, un groupe de jeunes y fait revivre l’effervescence autant que la compétition. Des cris de liesse ne subsistent aujourd’hui que des échos chahutés, un affrontement physique tour à tour épidermique ou simulé, sans cesse prêt à poindre du bout d’un maigre horizon en vase clos. Cette meute, faite de loups plus esseulés que solitaires, marque ainsi son territoire, dominée entre son désir de faire corps et sa difficulté à s’apprivoiser.

Au fond, comment parvenir à communiquer autrement que par l’hystérie collective ? Outre un abrutissement mental, il s’agit d’abord de combler un véritable désert affectif : ici, la figure parentale n’est ni un guide ni une chance. Plutôt une illusion pesante, une ombre furtive et insaisissable. Cette absence, à la fois invisible et omniprésente, s’incarne aussi dans les choix de mise en scène. Plans rapprochés sur des tribunes désœuvrées, un bassin olympique asséché. Subtil, le film joue ainsi sur les niveaux d’échelle et met en champ contrechamp la petitesse du groupe face aux volumes surdimensionnés des espaces, quoiqu’ils fassent pour investir les lieux. Une manière aussi de faire peser une forme de fatalisme, en leur opposant sans doute quelque chose de trop grand pour lutter.

A quoi bon lutter d’ailleurs, puisque toute tentative d’échapper à son sort semble vaine… Au point que même les choses simples, l’amour et faire l’amour, puissent risquer de s’évaporer, tant le désir y est évanescent et le plaisir fade. Or, si cette inaptitude au bonheur renvoie directement à la sécheresse des relations familiales, elle s’opère aussi à travers son parti-pris au point d’en devenir carrément littéral.

Entre l’aridité des décors, le minimalisme des expressions verbales, le délabrement intérieur et extérieur des personnages (leurs corps sont couverts de stigmates) et la musique presque inexistante, le film multiplie les rouages formels et tombe dans son propre piège, jusqu’à recréer l’errance qu’il déplore. En incarnant à ce point l’ennui, l’intrigue elle-même paraît tourner dans le vide – quitte à devenir répétitive. On erre ainsi, de lieu en lieu, de jour en jour, avec des personnages privés de rêve, sans trop savoir in fine où tout cela nous mène. Et puis un magnifique plan sur l’horizon qui se confond finalement entre le ciel et la mer. Un espoir ? A peine. Une évasion par procuration… à travers une bande de touristes étrangers. C’est là que commence et se termine la ligne de fuite.

Si la famille est celle que l’on se choisit, où qu’elle soit, quelle qu’elle soit, l’appel de la meute serait-il plus fort ? Il suffira d’imiter les aboiements d’un chien pour se rappeler aux siens… ou pas. Joli, mais un peu sec.

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