En bref

En bref : ROCKS de Sarah Gavron

NOTE 3,5/5

Rocks, 15 ans, vit à Londres avec sa mère et son petit frère. Quand du jour au lendemain leur mère disparait, une nouvelle vie s’organise avec l’aide de ses meilleures amies. Rocks va devoir tout mettre en oeuvre pour échapper aux services sociaux.

ROCKS porte dans son titre toute la musicalité et la résistance qu’il fait coïncider dans son propos. Un même mouvement contradictoire et complémentaire, qui désigne d’abord le surnom de Shola, jeune fille riche d’abonnés Instagram mais issue d’un modeste milieu familial. Tout pointe dès le départ vers la fuite maternelle : en soi ce portrait de femme à la dérive n’a rien de très original, et la suite est pratiquement connue d’avance. Du film social pur jus, où la volonté dépasse souvent le tragique. Quoique cette zone de confort est aussi ce qui, paradoxalement, nous fait nous fait entrer en résonance avec l’histoire, qu’importe la pleine conscience du fil narratif déployé par le film.

On attend naturellement de Rocks qu’elle soit solide – pour s’occuper de son jeune frère et assurer la gestion du quotidien – tout en y opposant sa douce vulnérabilité. C’est justement ici que se joue la plus belle part du film, dans la furtivité d’un regard, la tonalité d’un coup de fil ou la lueur d’un espoir. Tout le film tient en une scène sublime, lorsqu’elle assiste, d’abord mélancolique, à la préparation d’un mariage, puis soudain traversée par l’amertume de ne pas être membre de cette “famille idéale”. Un moment de malaise inénarrable, seulement perceptible. Un art du dosage qui sert son propos, évitant le pathos sans éluder ni l’empathie ni le chagrin. A la place, la personnalité solaire de Shola, sa popularité de fille “cool” et sa maturité, qui rappellent plutôt la bonne humeur communicatrice des “Invisibles” de Louis-Julien Petit qu’une longue et laborieuse galère dépressive. Pourtant du découragement il y en a beaucoup, tant Shola incarne à elle-seule toutes les minorités : c’est-à-dire une jeune femme, noire, modeste. 

Ce point, on ne le relève que tardivement, à travers le personnage d’un hôtelier raciste, sans lequel on aurait sans doute définitivement oublié à la fois le genre, la classe et la couleur – tant la délicatesse du film est d’additionner les minorités pour en faire des sommes. Toute la diversité ethnique et sociale de Londres se retrouve ainsi représentée dans le groupe de copines de Rocks, avec la pudeur et l’élégance de ne jamais en faire vraiment un sujet – sauf peut-être un beau film de femmes. Une ode à l’amitié véritable, où l’on s’amuse, se sépare, se compromet et se retrouve, sans que cela n’affecte jamais ni la complicité ni l’alchimie. You rock, girl(s) !

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