Cannes 2020

ANTOINETTE DANS LES CEVENNES de Caroline Vignal

NOTE 3,5/5


Sélection officielle Cannes 2020


Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir – seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l’accompagner dans son singulier périple…

Ce je ne sais quoi que les autres n’ont pas, Antoinette l’a. Résolument. Lorsqu’elle apparaît, beaucoup trop apprêtée, en chef d’orchestre d’une chorale d’enfants, et qu’elle leur fait chanter l’adultère sur « amoureuse » de Véronique Sanson, l’incrédulité des parents d’élèves accompagne celle du spectateur. Cette audacieuse maîtresse, dans tous les sens du terme, trace ici la trajectoire d’un personnage en miroir, sans doute moins naïf qu’il n’en a l’air. Au fond, qui trompe qui ?

L’erreur serait de se fier aux apparences. Car, plus le film semble prêt à trébucher dans les pièges qu’il se tend, plus il les déjoue, bifurquant tout à coup dans une autre direction. Tout du long, « Antoinette dans les Cévennes » résiste à la linéarité de la norme, cherche son chemin, s’égare, pour in fine tenter de mieux se retrouver. Il ne s’agit jamais vraiment de sortir des marges, mais plutôt de les revendiquer. D’ailleurs, le secret d’Antoinette est vite révélé, signe que ce n’en était peut-être plus un : elle cherche son amant, venu randonner avec femme et enfant. Le dire, c’est déjà le désacraliser. Antoinette ne veut plus être la femme cachée : elle veut exister. Quand elle s’exclame, mi-gênée mi-lucide « honte à moi », à une épouse indignée, c’est aussi une façon de s’imposer, à la fois dans la vie de cet homme et autour de cette table, peuplée de randonneurs routiniers, surtout habitués à suivre des voies balisées.

Antoinette pratique plutôt le hors-piste. A leurs yeux, qu’elle veuille marcher avec un âne la rend déjà singulière. Cela serait, paraît-il, « une folie ». En d’autres termes un pèlerinage à son image : idéaliste. Contrechamp intéressant à la personnalité d’Antoinette, à la fois têtue et délaissée. Quoique la volonté de l’héroïne est contagieuse. Il faut bien sûr laisser libre court à son instinct pour accéder à sa spontanéité, refuser toute psychologie, oublier le comment et le pourquoi.

Où qu’elle aille désormais, son histoire la précède, à la manière d’un conte, qu’on se passerait de bouche à oreille. Elle devient « la fameuse Antoinette », celle par qui le rêve subsiste encore. Seule la perspicacité résignée de la légitime face à l’amante pourrait faire éclater sa bulle et finir de réveiller la belle endormie. Il y a quelque chose d’un peu féministe dans ce film, dans la manière cordiale et presque chaleureuse de régler ses comptes, qui tient de la sororité. Une manière de se départir de l’homme pour se frayer sa propre route. Et peu importe qu’il aime posséder les femmes : Vladimir perd le contrôle, et ne décide déjà plus.

A cet instant précis, Antoinette cesse d’incarner pour être véritablement. A ce titre, son entorse à la cheville est d’abord symbolique et agit à la manière d’une thérapie, comme pour réapprendre à garder les pieds sur terre… Etonnant, tant la personnalité attachante d’Antoinette se veut solaire et lunaire à la fois.

3 réflexions sur “ANTOINETTE DANS LES CEVENNES de Caroline Vignal

  1. De loin la plus belle approche de toutes celles que j’ai lues sur le film. Elle m’amène à réviser mon jugement sur ce qui se cantonnait à mes yeux à une simple comédie romantique, joliment enroulée sous les couvertures de Stevenson. C’est vrai qu’elle apprend à marcher seule Antoinette. Mais alors, pourquoi rebrousser chemin in fine ?

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      • Ou bien elle écoute son âne, visiblement bon conseiller depuis le début. Elle reprend le contrôle certes, c’est elle qui conduit désormais, mais toujours emportée par ses passions. On pourra toujours dire qu’Antoinette, elle est comme ça. 😉

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