Cannes 2021

Cannes, jours 3 & 4

JOUR 3

  • Delo d’Aleksey German Jr – Un Certain Regard
    Un professeur d’université accuse le maire de corruption sur les réseaux sociaux. Il est assigné à résidence sous un faux prétexte, puis sommé de s’excuser publiquement. Le film montre comme la menace est partout : du monde extérieur, et intérieur – s’introduisant jusque dans son propre foyer. Quand il n’y a plus que le silence et la solitude, en attendant le procès, qui sommes-nous, et que devenons-nous ? Au gré de cette remise en question et des regrets qu’il faut réparer, l’inhumanité des uns se compare ainsi à la lâcheté des autres – prêts à tourner le dos à cet intellectuel émérite qu’ils admiraient encore hier, mais qui n’a plus sa place aujourd’hui.

  • Petite nature de Samuel Theis – Semaine de la critique
    Le co-réalisateur de « Party Girl » nous avait éblouit en 2015 avec le portrait nature peinture d’Angélique, une femme mûre de la France de l’Est. Nous sommes ici de retour à Forbach, dans la famille de Johnny, 10 ans. Ce pré-adolescent, « trop fragile » selon sa mère, est effectivement d’une sensibilité bouleversante. Au coeur d’une citée modeste, la beauté du film est de ne pas viser un cinéma social où il s’agirait de fuir son milieu, mais plutôt de lui donner une nouvelle dimension, de l’élever sans le renier. Il n’est pas question d’argent dans cette famille modeste qui ne manque de rien, et n’imagine pas d’autre destin plus joyeux que celui-ci, où vivre chichement n’est pas survivre. Mais qu’advient-il quand la « vie simple » se confronte à la vie culturelle et littéraire ? La relation privilégiée que l’élève va nouer avec son instituteur ouvre une boîte de pandore qui joue sur les fantasmes de l’enfance, confondant désir, possible et réalité. Beau et troublant.

  • Benedetta de Paul Verhoeven – Compétition officielle
    D’une beauté bizarre, ce film teasé et attendu depuis bientôt 4 ans prenait aussi le risque de décevoir. Il faut effectivement un peu de temps pour s’accoutumer à l’ambiance moyenâgeuse vulgaire et directe, qui donne un sentiment d’anachronisme déroutant. Mais le jeu des acteurs, dont Charlotte Rampling en mère supérieure, tempère l’audace du cinéaste qui se risque à explorer jusqu’au malaise les tréfonds de la foi et du désir, moquant la forme jusqu’à la caricature. C’est un jeu dangereux, qui laisse visible tous ses artifices, comme pour mieux les faire passer. Au fond, le film est plus provoquant quand il ironise que quand il parjure. Le miracle « Benedetta » peut-être.

  • Stillwater de Tom McCarthy, Hors compétition
    Un père tente de faire innocenter sa fille, accusée de meurtre. Tourné à Marseille avec le duo Camille Cottin/ Matt Damon, c’est le choc des cultures ! On aime ce mélange improbable qui crée un décalage ambitieux à l’écran, entre le film américain tout-puissant où le héros peut tout et le drame à la française, plus réaliste.
Petite nature de Samuel Theis

JOUR 4

  • Olga de Elie Grappe – Semaine de la critique
    Une jeune gymnaste part s’entraîner en Suisse pour préparer les Championnats européens et les Jeux Olympiques, laissant derrière elle la violence des émeutes en Ukraine, que couvre sa mère journaliste et où ses amis participent aux manifestations. Le film s’intéresse au déchirement – physique, moral et citoyen – d’Olga, entre les entraînements acharnés qu’elle fait subir à son corps, la nécessité d’adopter la nationalité suisse pour concourir aux épreuves, et la culpabilité de privilégier son combat sportif plutôt que celui pour la démocratie. Abandonne-t-on son pays quand on poursuit ses rêves ? Aérien et saisissant.

  • Mothering sunday de Eva Husson – Cannes Première
    De la cinéaste j’avais gardé le goût amer des « Filles du soleil ». Pas tout à fait réconciliée avec elle, mais cette romance entre une bonne et un aristocrate en 1924 est bien plus trouble qu’il n’en a l’air. Le charme des acteurs est au diapason du charme de leur idylle, et nous embarque sans peine. Un peu comme s’il faisait vraiment bon vivre et servir à cette époque, dans cette famille délicate et respectueuse, où les patrons soignent et chérissent leur personnel.

  • Bonne Mère de Hafsia Herzi – Un Certain Regard
    Ce portrait de mère courage a des airs de déjà vu. Mais la réalisatrice préfère à l’originalité un film sincère et vrai, qui raconte la vie telle qu’elle est, loin des clichés des quartiers Nord de Marseille. Qu’il est bon de goûter aux plaisirs simples d’une existence normale, joyeuse, et de suivre son héroïne, dotée de ce petit supplément d’âme qui fait la différence. Cette générosité, elle l’offre autant à ses proches qu’au spectateur. Lumineux.

  • Friendship’s death de Peter Wollen – Cannes Classics
    Sorti en 1987, le deuxième film de Tilda Swinton est presque devenue une pépite rare. L’histoire zinzin d’une femme extra-terrestre nommée Friendship en mission de paix sur Terre qui échoue par erreur en Jordanie, et se lie d’amitié avec un correspondant de guerre britannique. Original, mais ce huis-clos en terre inconnu truffé de bizarreries manque de rythme pour réellement se laisser porter.

  • De son vivant de Emmanuelle Bercot – Hors compétition
    Un homme apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable et que ses jours sont comptés. Un effort de vérité tragique et implacable, mais où l’émotion tarde à pointer. Catherine Deneuve en mère prévenante peine à trouver sa place, et Benoît Magimel nie sons ort jusqu’à refuser toute empathie pour lui et se noyer dans le théâtre – qu’il enseigne. Très en-deçà de sa filmographie, où la réalisatrice nous avait habitué à frapper fort, et profondément.

  • La Fracture de Catherine Corsini – Compétition officielle
    Le film mêle la crise des Gilets jaunes à la crise des soignants, le temps d’une nuit aux urgences. Mais pas question d’en faire un film social de base : la réalisatrice adopte ici une perspective inattendue pour traiter son sujet, et jouer des clichés sur la lutte des classes. Comme souvent, Valeria Bruni-Tedeschi est en apesanteur et apporte une légèreté bienvenue à l’agitation stressante des couloirs de l’hôpital, entre l’invective et la détresse, où le temps d’un soin, chaque patient redevient un citoyen traité de manière juste et équivalente.
La fracture de Catherine Corsini

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