Choc cinématographique

CANINE de Yorgos Lanthimos

Note : 4/5

S’il est des films qui marquent, Canine, de Yorgos Lanthimos, fait bien partie de ceux-ci. A huis-clos dans une famille de la petite bourgeoisie grecque, le spectateur est plongé contre grès en voyeur à une scène plus que terrible. Il s’agit de la décadence familiale. Si cette histoire peut sembler quelque peu surréaliste par certains traits plus que caricaturés, il n’en ressort pas moins un réel cas de société : qu’est-ce qu’une bonne éducation?

Deux parents absolument effrayés par le monde extérieur décident ensemble de protéger leurs progénitures des dangers. Ainsi, les deux soeurs et le frère, tous âgés de plus de 20 ans, continuent de vivre comme des enfants. Le langage leur est propre, pour éviter qu’ils ne posent trop de questions; c’est comme ça que les zombies deviennent des petites fleurs jaunes, et le téléphone n’est plus que le sel. Pour parfaire leur « plan », il paraîtrait qu’un quatrième frère aurait décidé de s’enfuir, et que c’est de cette manière qu’il s’est fait tuer : attaqué sauvagement par un … chat!

Aliénés et innocents, ces jeunes gens ne comprennent absolument rien des règles de la nature. Après que l’éducatrice sexuelle du jeune homme fut congédiée, c’est un rituel sexuel et troublant qui se met en place. Sous des formes de jeux tout à fait anodines se jouent en réalité des choses atroces et qui ont attrait à la souffrance et à l’impudeur.

Le seul moyen de s’échapper de cet enfer, qui commence à devenir pesant pour ces enfants, est de perdre sa canine, puis de la voir repousser. Or cela est bien évidemment impossible. Entre prise de conscience et mutilation, la conclusion proposée par Lanthimos ne laisse que peu de place à l’espoir. Ainsi, le dernier plan se referme sur l’une des soeurs, canine arrachée, cachée dans le coffre de la voiture. Cela signifie-t-il qu’elle est enfin dehors? Et pourtant … les barreaux de sa « cage » sont toujours présents. Alors que peut-il encore advenir de cette famille, où toutes les convictions se sont vues brisées?

A la manière de Sofia Coppola avec Virgin Suicides, le réalisateur propose une belle réflexion sur l’amour et la protection …

canine1

Comment expliquez-vous que personne ne comprend la même chose après avoir vu Canine ?
C’est une bonne chose, selon moi. Tout ce que je peux dire, c’est que 
Canine est un film sur la famille en Grèce qui témoigne de la force du patriarcat, toujours aussi prégnante depuis l’Antiquité. Cloîtrés chez eux, les enfants deviennent dépendants et crédules. L’extérieur n’y est jamais montré, son existence repose sur notre imagination. Il y a quelque chose de l’ordre de la manipulation psychologique et de l’ambiguïté des bonnes intentions : est-ce qu’en protégeant ses enfants du monde extérieur, on ne donne pas naissance à des monstres ? En même temps, les événements sont tellement allusifs que le spectateur a la liberté d’interpréter les scènes en fonction de sa sensibilité, voire de plaquer son propre parcours. Ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas influer, donner trop de pistes, parce que je suis persuadé qu’un regard extérieur apporte plus que ce que je peux apporter. (Excessif.com)

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