En bref/Ovni cinématographique

En bref : LA PAPESSE JEANNE de Jean Breschand

NOTE 2/5

À l’aube du Moyen Âge, la Papesse Jeanne est l’histoire légendaire d’une jeune femme qui accède au trône papal. Vive, charnelle, elle a été consacrée à la surprise de tous et a régné deux ans sur Rome. Dans cet univers chaotique dominé par les hommes, une femme tente d’imposer sa voix.

Telle une apparition divine et cinématographiquement dépouillé de tout superflus, « La papesse Jeanne » n’a d’ostensible que la beauté des paysages qu’il traverse, à toute allure. Au milieu des herbes vertes étincelantes ou des blés dorés illuminés, la figure candide et quasiment christique d’Agathe Bonitzer, est l’une des vérités éprouvées du film, dont il part précisément en quête. Dans une époque troublée de messages parasites et contradictoires, le film fait resurgir, sous ses habits anachroniques et surannées, une farouche modernité. Car Jeanne, jeune copiste au couvent, n’a d’autre combat que la dévotion aveugle. Les textes qu’elle s’efforce de reproduire ? Pure abstraction. Dans une société normée où la foi structure tout, Jeanne interpelle sur le sens des mots : comment garantir qu’ils portent l’exactitude du sens que nous leur donnons ? « Des mots aveugles », résume-t-elle, comme cette baleine qu’elle est censée représenter du bout de sa plume sans n’en avoir jamais vue.

« La papesse Jeanne » se pose alors comme une réflexion passionnante sur la remise en cause de notre logorrhée. Ou, plutôt, une analyse du langage (sous toutes ses formes) comme médium, canal d’expression où se mêlent tout à la fois l’imagination et l’interprétation. Le langage des mots d’abord, puis par extension, le sens même de la dévotion. Comment des idées abstraites, incarnées par des mots, peuvent-elles conduire à la croyance ? Jeanne enquête, questionne, dérange. Elle récolte les preuves d’un cheminement intime, qu’elle représente et renie à la fois. Par le doute, Jeanne traverse une crise de conscience soudaine qui la transcende et la dépasse. Pourquoi recopier sans même comprendre la grammaire ?

C’est parce qu’elle nourrit une soif insatiable de savoir qu’elle s’engage subitement dans un curieux pèlerinage vers la vérité. A la fois dévouée et révoltée, Jeanne comprend et rejette certains codes religieux, au fil des rencontres successives qu’elle vit comme autant d’épreuves. Le film s’amuse d’user et d’abuser de situations profondément mystiques, à travers un voyage semé de miracles (Jeanne est auréolée d’un don) et de chaos (la mort inexpliquée des femmes qui ont fait vœux de silence ou des poules dont elle doit s’occuper, etc.). Le mystère plane sans cesse au-dessus de Jeanne, renforçant encore ce désir absolu de connaissance. En multipliant les moyens de communication (le corse, le français, le latin, le dessin, l’écriture, le parler, le divin…), « La papesse Jeanne » témoigne de la complexité de la vérité qui se révèle nombreuse, variée. Et d’ironiser en offrant une œuvre résolument abstraite basée sur une exploration figurative. Comme l’illustre Jeanne : « trop de dévotion devient parodie »…

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