cannes 2019

Cannes, jour 4 : Une fille facile, Lux Æterna, Le jeune Ahmed

UNE FILLE FACILE de Rebecca Zlotowski – Quinzaine des réalisateurs

Un été à Cannes, Sofia, légère et plantureuse, s’amuse à charmer les hommes qu’elle croise. Elle devient le modèle de sa jeune cousine Naïma. Qui pourrait échapper à la tentation vilaine et simpliste de voir une résonance directe entre le titre du film et son actrice ? Passé le jeu monocorde et figé de Zahia, il faut reconnaître à Rebecca Zlotowski le talent d’un film qui aligne les lieux communs pour mieux les dézinguer un à un. Face au mépris permanent de ceux qui admirent sa beauté et moquent son intelligence, le film ose tout et jusqu’à mettre les pieds dans le plat. Translation étrange, encore, entre la comédienne et son rôle, testée sur ses goûts littéraires et sommée de défendre ses choix en matière de chirurgie esthétiques, lors d’une délicieuse séquence chez des gens fortunés – essentiellement riches de méchanceté. Avec humour et répartie, le film ne se laisse jamais piéger par son sujet, même lorsqu’il s’agit de rompre avec l’été de rêve. C’est justement ce qui fait la valeur du propos : savoir expliquer ses décisions et les assumer, sans tenter d’en faire une leçon philosophique ou moralisatrice.

LUX ÆTERNA de Gaspar Noé – Hors compétition

Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle se perdent dans l’enfer d’un tournage chaotique. Monumental, ce film-expérience culmine en seulement 50 minutes dans un vertigineux cauchemar éveillé. Concentré d’émotions vives et jaillissantes, « Lux Æterna » nous fait littéralement vivre l’enfer, dans lequel se succèdent l’impatience, le stress, la colère, l’énervement, la fatigue et la terreur – dans un trouble plaisir inquiétant et jouissif. Accumulées sans temps mort, la somme de ces agitations conduit de fait à plonger le spectateur dans un état d’épuisement émotionnel inédit. Ajoutant à la frénésie du plateau, où les équipes elles-mêmes sont complètement perdues, le film est monté en split-screen, c’est-à-dire avec un écran coupé en deux, incitant à disperser son regard sans jamais savoir où le fixer. De ces multi-scènes débordent évidemment des crises de nerfs, des complaintes, des râles, que le son saturé mêle dans un affreux brouhaha qui conditionne encore notre fatigue mentale. Dans la semi-conscience qu’il nous reste, la progression fulgurante de l’hystérie associée aux effets stroboscopiques multicolores des dernières minutes du film finit de nous achever. On ressort de là ébloui par la créativité de cette expérience viscérale, et par les points lumineux sur nos yeux, collés par l’effet de la persistance rétinienne. Quel bel hommage aux actrices, dévouées, résilientes et instinctives ! Névrosé et excitant.

LE JEUNE AHMED des Frères Dardenne – Compétition officielle

Thème résolument à la mode, la radicalisation est aussi un sujet difficile. Comment l’aborder sans tomber dans les écueils trop premier degré ? L’angle du film ici est intéressant parce que son protagoniste est très jeune. A peine sorti de l’enfance, influençable, naïf, Ahmed conjugue les incertitudes liées à son âge. Entre la fraternité d’un groupe face au monde individualiste, le sentiment d’être dans le droit chemin et les premiers émois amoureux, le film capte les élans contradictoires de la jeunesse, en colère sans même savoir pourquoi. Surtout, il ne multiplie par les idées et s’attache à observer les changements intimes qui s’opèrent chez son héros. Le contexte familial est naturellement une piste, mais on sait gré aux réalisateurs de ne pas en faire le centre de l’affaire comme l’a fait Téchiné dans « L’adieu à la nuit ». Ahmed n’est pas contre sa famille, mais cherche au contraire à la préserver du mal, à lui donner du sens. Académique dans sa forme, le film convainc plus par la détresse de son personnage que par la puissance de son propos, n’atteignant jamais ni la puissance ni l’émotion de « Mon cher enfant » de Mohamed Ben Attia. A date, le meilleur dans son genre.

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